Débat Communiste Ouvrier est un site théorique communiste issu du PCF. Courant de la Gauche Communiste Léniniste, notre site défend les valeurs de l'opposition de gauche
qui considère que : l'émancipation des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux-mêmes.

« Il ne s’agit pas de renoncer à la thèse léniniste de la rupture de l’appareil d’Etat, comme finissent par le faire inévitablement ceux qui s’engage sur la voie « démocratique ». Il s’agit de fonder la rupture de l’Etat en la faisant surgir de l’intérieur de la société, la destruction de celle-ci, en la faisant surgir de l’intérieur du procès de production, bref il s’agit de renverser les rapports de production à l’intérieur du rapport social d’usine. »

 

"C’est à l’intérieur de l’usine capitaliste que l’ on brise aujourd’hui l’appareil d’Etat bourgeois."

Mario Tronti  « Ouvrier et Capital »   C.B éditeur

" Rassuré et conciliant, l'ouvrier de base ne dira pas en vain: Ilitch (Lénine) réfléchira, nous écoutera et décidera d'orienter le parti sur la ligne de l'opposition. De nouveau Ilitch sera avec nous. "   
 
Alexandra Kollontaï " L'Opposition Ouvrière"                    

Représentations de l’humanité dans l’évolution du progressisme

- Républicanisme, Social-Démocratisme, Communisme-

Le progressisme est un courant philosophique qui considère que l’évolution de l’humanité ne doit avoir qu’un seul sens d’orientation, celui qui conduit à l’amélioration du sort de tous les êtres humains. Il se veut donc l’opposé d'un mouvement contraire, le réactionnarisme, qui lui veut voir le mouvement de l’histoire faire retour en arrière, par une réaffirmation des différences et inégalités entre les êtres humains, jugées naturelles. Le conservatisme, constituant le troisième pôle, se pose lui comme un refus du mouvement, pour un maintien de l’état de chose existant. Il penche du côté réactionnaire en ce que l’égalité, en son moment présent, n’est toujours pas atteinte, mais peut aussi en partie être revendiqué par le courant progressiste, en ce qu’il freine ou protège en partie de la réaction et en ce qu’il entretient la mémoire des luttes démocratiques acquises et de ce qu’il reste à acquérir.

 

L’évolution de l’humanité a obligé l’être humain pour survivre à valoriser l’un de ses attributs psychiques, sa grégarité. En groupe, il se sent, il se sait plus fort. Dès lors, s’il veut bénéficier de la protection du groupe, il lui faut se soumettre à sa structuration interne et accepter d’y faire société. Corps propre, il convient que l’individu intègre les valeurs, représentations, réalités qui construisent cette collectivité. Son imaginaire doit lui permettre de reconnaître une "transcendance" qui institue la permanence de cette dernière, dans des modes concrets d’exercices qui vont bien au-delà de son propre cycle personnel d’existence. La sociétisation est donc un processus qui traite de l’incorporation de normes communes par les êtres humains, soit librement consenties, soit  plus fréquemment, subies.

 

Le modèle républicain naît d’une image inversée de la réalité au monde qu’a construit le modèle monarchique. Ce dernier bâtit sa sociétisation sur une sacralisation de la psyché commune qu’il attribue à un pouvoir divin. Le pouvoir divin a cette capacité d’instituer en la sacralisant la force brute qui émerge de la communauté primitive, il la canalise en une structure d’ordres : militaires, religieux, civiles. La collectivité peut exister si chacun reconnaît la place qui lui est attribuée et elle a la possibilité de se perpétuer si l’individu admet qu’elle ne résulte pas de sa seule volonté, mais qu’elle provient d’un pouvoir qui la transcende. L’individu devient un sujet produit d’un système, système monarchique déiste, puis système républicain laïc.

 

Le Républicanisme, à la différence du Féodalisme, puis du Monarchisme, présuppose une liberté du sujet qui trouve son fondement dans l’existence d’un corps propre, assurant à l’individu au moyen de sa psyché une conscience de soi, débouchant sur une conscience pour soi, matérialisée dans le produit de ses activités.

 

Le Républicanisme part d’une représentation de la collectivité comme un agrégat volontaire de subjectivités tentant de se transcender en un « nous » librement consenti afin de former une communauté de destins débouchant sur un axe de verticalité hiérarchique. Cette transcendance laïque sacralise, elle aussi, les modèles d’organisations que l’être humain se construit dans sa psyché individuelle, sa représentation, ou sa psyché collective, son idéologie, ses organisations devenant ainsi des Institutions.

 

En conformité avec cette représentation, l’individu se construit un modèle de personnalisation, ou le corps propre se retrouve en contacte directe avec les formes structurées d’institutions qui le font vivre ou le représentent dans un mode pyramidal de hiérarchisation. Le modèle qui s’impose est de nature comportementale. Il s’agit de mettre en place un système éducatif suffisamment riche en normes sociétales pour que le lien entre biologie et société produise un individu devenu un homme le plus complet possible mais surtout le mieux intégré qu’il soit permis d’obtenir au sein de sa collectivité, en fonction de ses capacités. Le signe sociétal devient vecteur d’intégration, il s’impose par élevage-dressage du corps propre. Plus la linguistique sociétale, sa sémiotique, offre de possibilités, plus l’animal humain se construira une hominisation complexe, riche de possibilités mais surtout épanouie au sein des valeurs collectives que sécrètent les institutions.

 

Le social-démocratisme, qui naît de la crise du Républicanisme pur, entend lui, favoriser une lecture horizontale du processus d’hominisation des individus dans la société. L’être humain devient ici une personne par mobilisation des ressources dans son milieu, aux premiers rangs desquelles, les autres individus présents. La relation se trouve placée au centre de la socialisation humaine, relation qui se construit au moyen de la mise en œuvre d’une méthode en facilitant l’exercice, l’organisation. L’échange s’obtient par mise en œuvre d’une égalité de condition de réalisation rendue possible, elle aussi, par l’expression d’une fraternité issue de la grégarité de l’espèce.

 

Si le modèle républicain est attentif aux qualités des objets présents (y compris la sémiotique sociétale) favorisant les rapports de l’individu vis-à-vis de son environnement, le modèle social-démocrate porte lui son attention sur la qualité des sujets mettant en œuvre les relations dans le milieu de l’individu.

 

Le modèle républicain s’inspire des présupposés structuralistes de construction des sociétés, l’organisation devenue une institution, par l’Histoire, s’impose à l’individu en l’assujettissant, en le plaçant dans une situation de rapports. L’objet structure, institue, le sujet.

 

Le modèle social-démocrate s’inspire lui des présupposés fonctionnalistes, modèle qui s’intéresse à la façon dont l’individu choisit ses formes d’organisation pour personnaliser ses relations. La nature des relations impose un mode d’organisation, qui en facilite l’exercice. Le ou les sujets, êtres sociaux, choisissent tout autant qu’ils secrètent celui-ci. La question devient alors, selon quelles formes et moyens les individus peuvent-ils transformer cet objet, ce mode d’organisation.

 

Le modèle républicain porte donc son attention sur la façon dont l’individu entre en sociétisation, en hominisation, par injonction, subordination, assujettissement d’un corps propre, né « libre » mais devant entrer en société. Pour cela, le modèle républicain, duplique l’idéologie spontanée de la communauté primitive tiraillée entre grégarité, sécurité et reproduction, il transforme la psyché devenue collective, par agrégation, en idéologie. Idéologie que doivent porter désormais toutes les institutions, pour accueillir les nouveaux arrivants dans le cycle historique de la civilisation.

 

Le modèle social-démocrate cherche lui à sortir de la logique institutionnelle de l’individuation. Il est donc conduit à souhaiter une désétatisation de la construction de la personnalité sociale, au profit d’une logique relationnelle transversale de communication entre paires. Il oppose au modèle comportemental de construction de la personnalité, son hominisation, un modèle d’ auto-réflexion individuelle produit d’un échange entre individus (entre égaux, égos), autrement dit, produit d’une cognition personnelle résultant du besoin naturelle de communication.

 

Le modèle communiste, dernier stade du progressisme, naît du besoin de jonction-dépassement des deux précédents. Très longtemps, il hésite entre les présupposés théoriques donnant naissance au Républicanisme tout comme face à ceux produisant le Social-Démocratisme. L’individu, catégorie biologique, emprunt de singularité, puisque déjà scindé du magma matériel des origines, pour donner une forme organisée et rationnelle du vivant, se socialise tout comme il se sociétise, il dépend tout autant de son milieu que de son environnement.

Le modèle Communiste face au modèle Républicain et Social-Démocrate est tenté de voir dans l'analyse systémique, le dépassement dialectique des limites et contradictions des modèles fonctionnalistes et structuralistes. Il voit dans la catégorie "d'instance" la catégorie permettant de faire le lien entre l'action qui s'organise portée par la logique syntagmatique et la structuration portée par la logique paradigmatique. Considérant que la seule psychologie et ses deux champs principaux, le comportementalisme et le cognitivisme, sont faiblement armés pour rendre compte de la société capitaliste moderne, ce modèle voit dans la psychanalyse, le domaine efficient pour comprendre l'écart entre la relation et le rapport. La relation sociale ne peut seule expliquer le rapport social, c'est qu'avant d'être "social" le rapport est d'abord sociétal. Il ne redevient social que dans sa phase finale de "réalisation", de circulation. Mais cette situation est une situation , qui "apparaît comme", qui "ressemble à", autrement dit la "liberté" de mouvement n'est qu'un théâtre d'ombres. C'est ainsi que sont présentées, "exposées", de nombreuses sciences humaines et sociales, en particulier les "sciences" économiques témoignant ainsi beaucoup plus de leurs caractères idéologiques que scientifiques.

Le communisme en tant qu’il est un matérialisme se veut un monisme historique, une explication unique du monde (s’opposant ainsi à une représentation dualisme du monde (idée- matière ; sujet-objet) et de l’histoire, il s’oblige donc à privilégier une source principale d’explication. Dans sa version moderne, d’origine marxiste,  il est né de la social-démocratie, il privilégie donc, à ses débuts, surtout ses présupposés théoriques (le Social-Démocratisme). C’est ainsi que pour répondre aux différentes formes de communisme qui ont précédé sa venue, le communisme « scientifique » affirme construire une méthode dialectique d’évolution de l’ontologie humaine. Il pose donc un principe de socialisation des relations humaines, dont il voit l’origine dans le besoin d’échanges entre les individus. Le commerce des hommes nourrit leur développement individuel en même temps que leur développement économique. C’est l’extraction de certaines fonctions d’échange, de l’horizontalité de leurs exercices, qui va affecter la grammaire des échanges humains. La sécurité, la sacralité deviennent des échanges déterminants, ils s’autonomisent et viennent chapeauter les autres. De même en est-il quand apparaît le moyen d’exprimer et de concentrer toute les qualités des divers échanges en une expression unique (la  valeur d’échange), qui elle s’incarne en un nouveau bien, la monnaie, et place celui qui la détient, là aussi en un rapport de domination verticale, vis-à-vis des autres coéchangistes. C’est donc cette verticalité, qui impose de nouveaux axes de pouvoir, c’est elle qui crée la société en une topique de dominations. La civilisation est donc un mélange d’horizontalités sociales et de verticalités sociétales.

 

Dans un premier temps, le marxisme issu du social-démocratisme, cherche à dépasser le stade du seul républicanisme. Il veut retrouver une nouvelle fraternité dans l’échange entre égaux, qu’il oppose à la société de soumission verticale issue de l’institutionnalisation des structures de gouvernance que porte le  républicanisme. Cependant très vite Marx se rend compte que la politique n’est que le moteur apparent de l’évolution des sociétés, le politique qui en constitue le moteur caché est le produit de l’économique. Ce moteur est lui-même construit comme un système qui comprend des structures et qui échappent à la volonté des coéchangistes. Alors qu’elle se présente comme horizontale, la relation d’échange est en fait mue par une main invisible qui la reproduit comme une structure verticale, pyramidale, autrement-dit qui la transforme en rapport. La relation sociale est pour sa fonction la plus déterminante un rapport, que Marx va continuer d’appeler rapport « social », mais que la rectification que nous introduisons devrait plus légitimement appeler rapport sociétal, si, si ce n’était pas quand même dans l’horizontalité de l’échange que prenait naissance cette verticalité. C’est toute la difficulté de compréhension, entre relation et rapport.

 

Dans la troisième partie de sa vie Marx s’interroge sur la nature réelle de ce que doit être le Communisme moderne. S’agit-il de redonner une modernité à la société primitive, basée sur un échange sans soumission à une quelconque autorité, comme il le considère lui-même au début de sa carrière philosophique et politique ; positionnement qui nourrit l’idée que c’est dans le social-démocratisme que se tient la solution. S’agit-il au contraire de constater que l’économique étant déterminant en dernière instance, par le système qu’il met en place, celui-ci échappe à la volonté consciente des coéchangistes et impose une structure d’ordre, de nature pyramidale. Dès lors c’est plutôt le modèle républicain qui resterait pertinent.

 

Il va alors s’intéresser à la brique de base qui fonde le Républicanisme, brique qui peut aussi bien se développer verticalement, qu’horizontalement. L’activité de l’homme produit l’échange en même temps qu’il institue via la psychologie, la propriété. Le bien ou service m’appartient, car sa réalisation a nécessité une dextérité fruit de mes capacités physico-psychiques. S’il m’appartient, je peux donc l’échanger (horizontalité), mais je ne peux le faire que parce que mes capacités physico-psychiques ont été « sacralisées », elles ont été reconnues symboliquement comme m’étant propres par d’autres que moi. L’objet extérieur à ma conscience, mais fruit de celle-ci, devient ma propriété. Cette propriété fonde mon droit et celui des autres, droit qui doit s’incarner dans une structure institutionnalisée, le pouvoir judiciaire. Si je veux faire retour à un échange sans propriété, je peux choisir de faire retour aux catégories précapitalistes, celles des sociétés primitives, soit essayer de modifier la nature privée de la propriété. Dans le premier cas je peux chercher à valoriser, les sociétés précapitalistes, par exemple avec une appropriation sans propriété, ex : les communs. Ou encore, par une propriété peu ou pas hiérarchisée, le communalisme, la coopérative etc. Je peux à l’opposé considérer au contraire que l’institutionnalisme n’est pas un agrégat volontaire, mais qu’il est un agrégat nécessaire, dès lors la solution devient l’étatisation, la nationalisation. Modèles qui reconnaissent que l’institutionnalisation est un stade historique incontournable.

 

 Dans cette seconde version, le communisme, n’est plus ici un antisystème qui libérerait totalement l’existence humaine de tout lien social et sociétal afin d’aboutir un échange « vrai » entre les Hommes, faisant par là même retour à un nouvel état de nature. Il devient un contre-système. Cette seconde version est contenue dans le moment historique, qui voit le léninisme devenir la forme d’expression moderne du marxisme et donc de la problématique communiste. Le moment historique du début du xx siècle, voit se produire une rupture centrale vis-à-vis des sociétés qui l’ont précédé, nous quittons le processus d’hominisation traditionnelle qui avait construit sa problématique sur : « Un Homme, une propriété », figure idéologique de la petite propriété personnelle, pour entrer dans celui des propriétés collectives et des collectifs de producteurs. Toute l’histoire de l’humanité s’est construite sur le lien anthropologique : un homme, une pensée, un produit, une propriété. L’outil, « première » forme de propriété, l’est en ce qu’il se veut prolongement de la main de celui qui le tient et forme d’expression de sa psyché personnelle. L’ère du monopole, l’ère de la grande firme économique, bouleverse totalement ce processus historique. Une concentration de propriétaires, fait face à une concentration de producteurs, qui ne sont mêmes plus les acteurs décisionnaires de ce qui se passe au sein du procès de production dans une même unité de production. La nature des outils, leur conception, leur utilisation, ne résultent plus, d’un choix conscient de ceux qui les utilisent, mais sont imposés, par une psyché collective de concepteurs, décideurs, managers. La technique, hier pure produit de la réflexion personnelle, devient « une science » résultat de l’agrégation de milliers de pratiques individuelles, en une puissance unique. L’objet « travailleurs collectifs » a définitivement supplanté l’objet « travailleur individuel ». Ou est la propriété privée dans tout cela ? Elle n’exprime plus que des formes résiduelles des procès de production, dans les pays développés et impérialistes ou des formes dominées dans les pays qui subissent l’impérialisme.

 

Pourtant, l’idéologie de la propriété privée, se maintient comme représentation absolue des rapports de production. Il s’agit de savoir pourquoi, pourquoi la bourgeoisie, en particulier sa fraction dominante, maintient-elle cette idée que c’est dans la propriété privée que gît l’explication du fonctionnement des sociétés et des collectivités modernes. En fait on le comprend, elle a besoin d’une adhésion collective des sujets qui restent matériellement des individus (physiques et psychiques) scindés. Le marxisme (et surtout le léninisme) qui est l’expression moderne du matérialisme, considère cette forme antédiluvienne de représentation du monde, comme un résidu du matérialisme vulgaire. Cependant et c’est là sa limite aujourd’hui historique, il n’a pas cherché à construire, une représentation contemporaine, actuelle, de ce qu’est le travailleur collectif. Au contraire, c’est lui qui c’est vu qualifié de « totalitarisme » par ceux-là même qui ont rendu agissante cette réalité (masse de marchandises, masse de producteurs), le marxisme, devenu léninisme, n’a cherché à répondre à cette question que par un travail sur les formes d’organisations (comme collectivité humaine) et la nécessité de les institutionnaliser ou non. Nous en sommes encore aujourd’hui à tourner dans la boucle de la confrontation du sujet et de l’objet, sans être capable de trouver la juste dialectique, qui puisse donner chaire au concept de Masse, Classe, autrement que par les catégories d’associations, syndicats ou partis ; à ceux de peuple ou nation, autrement qu’à travers la catégorie d’Etat.   

 

La crise politique du Mouvement Communiste International a pris de plus en plus la forme d’une confrontation idéologique entre les trois moments du progressisme, le Républicanisme, le Social-démocratisme, le Communisme, elle conduit la droite du M.C.I à vouloir faire un plein retour aux catégories du seul Républicanisme, qui fixe l’individu hominisé comme pur produit des seules qualités du sujet de droit. Les valeurs portées sont celles de l’unique modèle républicain (liberté, fraternité, égalité, laïcité, etc), avec aujourd’hui de plus en plus une référence aux catégories sociétales pré-républicaines que celui-ci a cherché à résoudre (genres, ethnies, tribus, communautés, etc.), dans lesquelles le biologique tient une place prépondérante (sexe, race, etc.), ou encore les modèles de structures pyramidales (ordres, castes, etc.) là aussi qui ont précédé ce modèle, ce qui rend d’autant plus nécessaire sa pleine mise en œuvre, dans une approche renouvelée et réactualisée. En économie aussi, la droite communiste républicaine et une partie de l’aile centriste sous influence du Social-Démocratisme font appel aux catégories antérieures à celles produites, par la grande division moderne, issue du Républicanisme : propriété privée, propriété publique des moyens de production. C’est le grand retour au communalisme, coopérativisme, voire à des formes primitives d’indivisions des biens ou des services : Les « communs », qui prennent fin avec les enclosures-acts, comme le rappel si bien la section 8 du livre premier du Capital de K. Marx. Ceux-ci y acquièrent une nouvelle modernité, qu’une lecture idéaliste et nostalgique veut revivifier, pour tout le potentiel de démocratisme anticapitaliste qui n’y aurait pas été encore libéré.

 

Avec la crise des formes productives de concentration des monopoles, l’apparition de modèles déconcentrés d’unités mobilisant moins de force de travail mais concentrant plus de forces productives issues du capital, tentative est faite d’opposer au modèle léniniste, de l’impérialisme produit de la concentration des monopoles, de concentration du salariat, une nouvelle grille de lecture, où à nouveau l' hominisation individuelle connaîtrait une nouvelle modernité. La réévaluation du processus de personnalisation, découlant du social-démocratisme, mais appliqué à cette lecture de droite, débouche sur une mise à disposition gratuite, d’une masse de connaissances offertes à tous, par le nouveau stade atteint par l’humanité : la société informationnelle.

 

Il s'agit à travers toutes ces catégories de retrouver les principes du jeune-marxisme ou la personne apparaît comme un individu désaliéné par rupture aux principes qui ont introduit la société marchande. L'échange devient dans cette société idéale (communisme utopique) une pure altérité, sans effet idéologique, économique, culturelle, puisque démarquer de tout effet de sociétisation hiérarchique, et donc non soumis aux rapports qui la sous-tendent. Ne reste plus que l'échange comme fondement de la relation et la nécessité de son organisation. Disparaît ici complètement l'effet de structuration en lien avec le systémisme et la nécessité pour la problématique communiste de le renverser. Il n'y a plus de pouvoir à prendre, il n'y a qu'à l'exercer.

 

 

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Deux attitudes représentatives du courant purement républicain :

Sarkozy en juin 2005 ministre de l’intérieur

« On va vous débarrasser de cette racaille, on va nettoyer la cité des 4000, au Karcher »

 

Jean-Pierre Chevènement en 1999 lui-même Ministre de l’intérieur désigne des délinquants multirécidivistes de « Sauvageons »

 

On a là deux exemples parfaitement affichés et démonstratifs de la thèse présentée au-dessus. Le pur Républicanisme considère que ce qui constitue le socle de l’hominisation c’est le comportementalisme : le premier personnage politique, de droite pure, le second ayant évolué de l’aile gauche du Républicanisme vers son centre. On remarquera que c’est au moment où ils occupent la place centrale du dispositif républicain, le ministère de l’intérieur, qu’ils recourent à une catégorie psychologique pré-cognitiviste. Pour eux mériter le nom de « personne » indique que les principes comportementalistes ont été parfaitement intégrés, ce qui n’est pas le cas pour les personnages qu’ils désignent, et donc attribué un nom, un état civil, ou une qualité nominative, est bien le fruit d’un rapport institutionnel qui vous fixe comme sujet de droit. En vous comportant comme une racaille ou un sauvageon vous êtes hors reconnaissance par la communauté nationale, qu’exprime l’Etat Républicain, vous n’êtes qu’un « individu » (de type « caucasien » ou non comme disent les séries policières, on est bien dans le biologique).                                     

 

 

 Valeurs idéologiques et référentiel littéraire

 au sein de notre organisation, le P.C.F

L’ancien député-maire de Bourges, Jean-Claude Sandrier, vient de faire rééditer en 2018 son ouvrage paru en 2004 : « George Sand, le parti du peuple », dans une version enrichie. Nous voudrions profiter de cette réédition, pour illustrer, par cet exemple précis, ce que nous entendons par point de vue de « droite » dans notre organisation (P.C.F). Dans la série d'articles que nous avons fait paraître sur ce site à la rubrique « les 3 moments du progressisme », nous avons démontré que ce qui caractérisait cette aile de notre organisation c’était d’avoir historiquement imaginée pouvoir bloquer l’évolution du mouvement ouvrier au stade politique principal du Républicanisme. Bien que la droite et le centre de ce courant des Sciences Politiques n’en expriment plus désormais que les intérêts conservateurs ou réactionnaires, l’aile gauche du Républicanisme qui rassemble dans leurs spécificités historiques de partis politiques, les souverainistes républicains de gauche (Gaullistes de gauche,  authentiques Radicaux-Socialistes nostalgiques du front-populaire et du programme du C.N.R, etc.), le centre de la Social-démocratie (ex : P.S -centre et gauche de cette organisation- ou non, syndicalistes de revendications), l’aile droite des communistes (dont une majorité d’élus électoraux ou  syndicaux, la direction du journal l’Humanité, etc.), a considéré qu’ elle devait malgré tout s’ arcbouter sur une relecture de l’histoire, comme un moment idéalisé, indépassé car indépassable, de ce que la première révolution républicaine a apporté à notre peuple.

 

Pour eux, in fine, l’essentiel de la révolution politique ayant été effectuée lors de cette première révolution (1789-1794), il s’agit depuis d’en faire respecter le cadre juridique et d’en étendre les effets pratiques au cadre social. Pour ce courant politique, les 3 révolutions suivantes n’apparaissent, quant au fonds, que comme une suite d’insurrections pour mieux incarner et sauver les valeurs universelles de la première. 1830 et 1848 contre la monarchie absolue de Charles X ou la monarchie bourgeoise de Louis-Philipe, 1871 contre l’empire et le bonapartisme de Napoléon III. Les deux premières (1789, 1830) posant le sujet de droit, celle de 1848 l'étendant aux droits des peuples, et celle de 1871 l'élargissant jusqu'aux exploités.

 

Pour cela, l’aile droite de notre organisation a décidé de réinterpréter le passé. Il s’agit de sortir d’une lecture et d’une filiation léniniste de création de notre parti, pour affirmer que si nous avons accepté à un moment de notre histoire cette filiation, ceci ne serait dû qu’à des circonstances particulières ultra-violentes (la guerre de 14-18), mais que si une telle période n’avait pas existé, nous, anciens socialistes de gauche, avions tout dans la lecture et la mise en œuvre française du processus historique du progressisme, pour créer un parti communiste. Dès lors, depuis plus d’une quarantaine d’années (en gros depuis le 22ème Congrès du P.C.F), il est devenu fondamental, pour cette gauche républicaine de retrouver dans notre histoire politique et culturelle, les jalons d’un autre chemin possible que celui que nous avons emprunté. C’est dans ce cadre référentiel particulier, que resurgissent des personnalités historiques du monde de la politique ou de la culture, du type de George Sand, haute figure du communisme utopique, ou bien encore du type Jean Jaurès.

 

Ce qui rapproche ces deux personnages de notre histoire nationale culturelle et politique c’est leur refus de la violence dans l’histoire. Sand comme Jaurès sont fondamentalement des pacifistes. Certes, on prête à Jaurès l’aphorisme fort célèbre : « Le capitalisme porte en lui la guerre comme les nuées portent l’orage », mais il n’en tire aucune conclusion pour les classes laborieuses au droit à l’autodéfense et donc au droit à l’insurrection. Sand, elle aussi, refuse les moments insurrectionnels de 93 et 48 tout comme elle s’oppose surtout à la Commune de Paris, sur la base de son pacifisme, dont elle trouve les fondements dans le socialisme chrétien et les évangiles, mais aussi dans le socialisme rural, son naturalisme et son mode d’idéalisation des sociétés précapitalistes.

 

C’est pour avoir adopté, déjà, cet arrière plan idéologique, que la direction « communiste » du P.C.F des années 70-80 avait pris la décision que, désormais, les partis politiques ayant les moyens de contrôler les arcanes de l’Histoire, seule, une révolution pacifique pouvait avoir lieu en France sous le contrôle du suffrage universel. Elle avait, de plus, cru nécessaire de se donner l’imaginaire juridique, via la plaquette « vivre libres », d’un possible contrôle des effets d’une telle rectification. La défense des droits de l’homme étant devenu son maître – mot, La direction a pu durant cette période et en toute bonne conscience, faire adopter l’abandon du concept de Dictature Du Prolétariat lors du fameux congrès de 1976. Cette ligne politique n’ayant jamais été remise en cause, mais au contraire approfondie par des directions de plus en plus droitières, elle n’a pas hésité par la suite à donner aux élus, plus de poids que les simples militants de base, dans un des congrès qui a suivi. Grâce à cette mise en conformité avec le réel, tels des physiciens imaginant abandonner en congrès, la loi de la chute des corps, pour se prémunir par avance de la violence de la réception de pierres sur leurs têtes, les résultats ne se sont pas faits attendre.                 

Marchant vers l’avenir radieux d’une convergence entre notre nouvelle position politique et les attentes profondes de notre peuple, nous sommes passés d’une identification de 20% de la base électorale française à 2%, dans le même temps que nous divisions dans les mêmes proportions les effectifs du parti.

Depuis, dans notre référentiel, ne cesse de resurgir ces personnalités historiques du monde de la politique ou de la culture, du type de George Sand, ou du type Jean Jaurès. Pour ce dernier, nous n’avons aujourd’ hui encore, absolument aucune preuve que s’il n’avait pas été assassiné il n’aurait pas rejoint, comme Jules Guesde, les fauteurs de guerre, dans l’union sacrée, au nom de la défense de la patrie. Cependant que la droite de notre parti profite de cette singularité historique qui a vu Jean-Jaurès créer le journal « l’humanité » devenu par la suite organe central du P.C.F, pour passer sans aucune critique du point de vue politique du dernier pacifiste réformiste à une filiation directe avec l’histoire de notre parti. Depuis 40 ans maintenant « l’Humanité », n’est plus l’organe de notre parti, il se veut le journal de toute la gauche, même s’il accorde encore une place particulière au P.C.F, d’où certaines « tensions » singulières au moment de la fête de rentrée entre la tenue des stands animés par une base militante et une thématique générale fixée par la direction du journal.

 

Le communisme « des champs » qui est une spécificité de l’histoire révolutionnaire française, et qui est au centre du référentiel idéologique de George Sand, s’est principalement incarné dans le Centre de la France, Massif Central et contreforts compris. Toute une partie de la ruralité et de la petite paysannerie française, y sont passées d’une conception républicaine de défense de la petite propriété, face aux gros issus de l’ancienne noblesse et du bonapartisme, à une conception « communiste » de la vie publique et politique. Autrement dit d’une représentation radicale – socialiste , laïque, et républicaine à une conception communiste de droite, sans que le développement de grands centres industriels y soit pour quelque chose.

 Le parti socialiste, proprement dit, a été tenu pour responsable de la boucherie inter-impérialiste, l’ancienne population rurale, qui avait commencé à s’en rapprocher, a vu dans le P.C.F nouvellement créé sa continuation pacifiste et antimilitariste. Le statut de paysan par ses activités mêmes, nourrissant un pacifisme spontané qui refuse de rompre, par nécessité, sur une période prolongée, tout lien avec la terre. Le départ sous les drapeaux pour de longues durées (4 ans, passés à 2 ans, puis 3 ans avant la guerre de 14-18) ayant des conséquences catastrophiques pour la paysannerie pauvre.

 

La mise en place de la stratégie de Front-Populaire dans la seconde moitié des années 30, sous laquelle nous continuons de développer notre activité, et surtout la résistance rurale, sous forme de maquis, durant la seconde guerre mondiale, qui a eu une forte implantation dans le Centre de la France, ont renouvelé et approfondi cette stratégie. Des départements comme la Corrèze, l’Allier, le Cher, le Puits de Dôme ont eu et conservent encore une réelle implantation communiste. Par contre, c’est toute l’aile plébéienne de la banlieue parisienne, qui assurait la base de masse du courant centriste du PCF, mais aussi de sa gauche, qui s’est véritablement effondrée, en particulier au travers de l’histoire catastrophique de la Seine-ST Denis. De ce point de vue, il y aurait beaucoup à dire sur la façon dont la fraction de l’aile droite du P.C.F, présente dans ce département, a tout fait pour le faire disparaître, pour le fondre, dans une pure problématique de gestion sociéto-sociale des communautarismes et d’alliances sans principes avec la social-démocratie, courant qui a fini par gagner totalement le département.      

 

Regardons maintenant de plus près, les arguments développés par notre camarade berrichon, pour trouver auprès de sa coreligionnaire, la bonne dame de Nohant, baronne du Devant, des arguments démontrant que sa pensée est toujours actuelle en même temps que nécessaire.

 

Comme le rappelle le préfacier de l’ouvrage, Georges Buisson, ancien administrateur du domaine de Nohant, George Sand fut d’abord et avant tout une républicaine. C’est d’ailleurs en partant de cette catégorie, qu’elle construisit sa problématique socialiste voire communiste.

 

Son républicanisme de gauche tient à sa critique virulente de son milieu d’origine, la noblesse, et sa volonté farouche de rester accrochée au système monarchique. Elle avoue sa faiblesse pour la tentative avortée d'aboutir à une monarchie constitutionnelle, une monarchie « républicaine », que porte le courant girondin, cependant que dans certains ouvrages, elle reconnaît leur opportunisme et leur volonté de s’enrichir à tout prix. Elle s’oppose surtout au courant jacobin et aux excès révolutionnaires, qu’elle lui prête. Mais, là aussi, elle lui accorde par ailleurs une probité et une volonté farouche de maintenir l’unité de la France.

 

 

A propos de son engagement

 

La Commune : Sand la dénonce dans des termes extrêmement virulents, Sandrier lui trouve des excuses en déclarant qu’elle est déjà âgée, isolée à Nohant et mal informée, mais il reconnaît lui-même qu’elle est incapable de voir le changement d’époque qui la cause et aussi le changement d’acteurs sociaux dont elle est porteuse. En une phrase, il dit le tout, d’une période qui a profondément marquée la France et le sens du combat à mener : « Les repaires d’hier essentiellement élaborés à partir de la Révolution française de 1789, le combat contre l’absolutisme et pour la République, se trouvaient brusquement dépassés et, de plus, dans un contexte compliqué, marqué par une occupation étrangère ».

 

Oui, il est exact que depuis la Commune de Paris, nous avons changé de période, que le Républicanisme pur y est entré en crise pour venir mourir 44 ans plus tard dans la boucherie de la guerre de 1914-1918. La République française s’y est tout aussi mal comportée que l’Empire d’Allemagne, envoyant au massacre ses classes laborieuses dont une majorité de petits paysans, l’univers idéologique de la républicaine George Sand. L’industrie de la mort y a définitivement chassée l’artisanat des rapports sociaux, particulièrement présent dans l’ancienne ruralité française.

 

Sand analyse avec les mêmes lunettes la période troublée et violente de 1793 et la Commune de Paris, à la différence de Marx qui profite de ces périodes historiques pour rectifier son analyse et se ranger définitivement du côté de la classe ouvrière et sa prétention légitime à diriger le pays. C’est dès cette période, qu’il rompt avec l’analyse purement républicaine et qu’il indique derrière la construction de son concept central de Dictature Du Prolétariat, que c’est désormais au sein même des catégories qui fondent le Républicanisme que passe la ligne de fracture. La contradiction est désormais, entre une vision républicaine de droite basée sur une anthropologique qui fait de la propriété une émanation de la personne, assurant ainsi la base idéologique de la Dictature de la Bourgeoisie, et à l’opposé la dimension sociale de la production qui fait du collectif de travailleurs le nouvel agent productif assurant à l’opposé la nécessité de la Dictature du Prolétariat.

 

Sand de par son activité même d’écrivain, de par ses origines, le monde agraire et rural, est en incapacité de construire, le concept de « collectif », Sa problématique littéraire est basée sur l’existence de héros individuels, tous ses romans ont besoin d’un « je », c’est à travers l’histoire des personnages que s’opère la lutte pour l’émancipation, qui est très souvent une lutte individuelle, même si le référentiel n’est pas individualiste.

 

Dans ce cadre effectivement, elle s’inscrit essentiellement dans la lutte pour l’émancipation des catégories sociales pré-républicaines, le féminisme, la paysannerie pauvre( issue du servage), les exclus etc. Le Républicanisme intransigeant leur apporte le moyen nécessaire à la révélation de leurs qualités individuelles. Cependant le collectif Sand s’en méfie, elle craint les foules, elle craint les masses, elle aussi à sa façon participe de l’idée bourgeoise et petite-bourgeoise du « classe laborieuse, classe dangereuse », elle pense qu’en dehors de l’expression électorale, il n’y a point de salut. En restant viscéralement attachée à la délégation de pouvoir de l’électoralisme, elle éternise la division droite-gauche et elle rend impérissable la domination bourgeoise.  

 

 

Un exemple illustratif : « Nanon » de George Sand.

 

Dans son dernier ouvrage « Nanon » écrit en 1871 juste après la Commune de Paris, celle qui n’a pour les communards aucune tendresse ni aucune compassion, fait vivre un personnage de paysanne pauvre, Nanon, qui va traverser l’époque troublée de la Révolution française en particulier sa phase la plus radicale 92-94, comme une période de désordre généralisée où seul la survie des siens et la défense de ses intérêts immédiats apparaissent comme les moyens de s’envisager un avenir. Comme le dit l’universitaire qui consacre sa préface à la réédition de l’ouvrage, pour Nanon, le grand moment de fraternité dans l’instauration de la République a tenu dans la liberté offerte à tout à chacun de pouvoir s’accaparer les biens nationaux, donnant ainsi aux plus entreprenants, la possibilité de se construire une fortune personnelle.

Bien sûr, Nanon, support d’une idéologie petite bourgeoise de fraternité et d’ économicité pieuse, s’interdit d’utiliser les moyens illégaux que les vrais accapareurs, eux, qui ne sont pas des personnages de romans, trouveront pour réaliser ce que Marx appelle l’accumulation primitive du capital. Mais elle ne se prive pas malgré tout de tenir des discours moralisateurs à ceux qu’elle soupçonne d’un jacobinisme éthique (voir le personnage de Costejoux),qui sont aveugles sur la nature de la base populaire radicalisée, qui elle, selon les dires même du personnage central du roman, est une base manipulée, avinée, « payée » pour passer sa vie en assemblées, tandis que le paysan laborieux et le féodal lettré, par opposition, y deviennent les héros d’une conscience éthique et morale basée sur le travail. Par le roman, l’aristocrate « républicain » se rachète en devenant, le misérable soldat de l’an II, futur officier et bras armé du bonapartisme, qui ne réalisera pas cette phase historique du romanesque sandien, puisque le nom de Napoléon, elle l’exècre. Avec la perte de son bras, notre noble éthique, perd au combat le moyen réel de se maintenir en se transformant en bras armé de la réaction « républicaine » de droite, Grâce à la toute puissance du scénario de l’imaginaire de la ci-devant Sand-Dupin, baronne du Dudevant. Malgré tout, il se transforme en hobereau de nos campagnes, ce qui est une assez bonne description du destin de la noblesse française après la révolution française, ou militaire, ou propriétaire terrien.

 

Plus le lecteur s’avance dans ce roman dont la tournure générale a un côté fleur bleue et qui destinée à une production feuilletonesque dans un journal, laisse à penser qu’il était sans doute lu aussi par un jeune public, plus le sentiment, lui vient, qu’il pourrait être la parfaite illustration romanesque de l’ouvrage d 'Engels « Socialisme utopique-socialisme scientifique ». A la question scolaire, illustrez-moi sous forme romancée toutes les formes de républicanismes et de socialismes utopiques qui ont pu exister avant le marxisme, la baronne obtiendrait la note maximale. Un seul courant n’y déploie jamais ses qualités, autrement qu’à travers les formes de violences qu’on lui prête puisqu’il semble les couvrir, le marxisme. Celui-ci n’est jamais nommé, même en aparté, mais tout ce qui peut y conduire, même indirectement, est rejeté. Ainsi en est-il, des communaux, les fameux "communs" issus de la société pré-capitaliste, qui sont bien des catégories faisant parties du socialisme utopique, nos modernes contempteurs des « communs »  seraient surpris de voir comment Sand les rejettent au prétexte qu’ils donnent droit à des abus de la part des paysans pauvres et qu’il vaut mieux imposer la propriété privée, sous contrôle d'une charité chrétienne laissée à l’entière appréciation de chacun (i.e l'appréciation des propriétaires). A la fin nos deux héros sont enfin récompensés, en devenant le marquis et la marquise de Franqueville, c’est dire si le devenir romanesque des deux personnages présente un caractère hautement révolutionnaire.

 

Le dernier paragraphe est de ce point de vue exemplaire de tout ce que le « socialisme » de Sand véhicule de valeurs et d’imaginaires précapitalistes.

 

« J’ai eu l’occasion de voir une fois la marquise de Franqueville à Bourges, où elle avait affaire. Elle me frappa par son grand air sous sa cornette de paysanne qu’elle n’a jamais voulu quitter et qui faisait songer à ces royales têtes du moyen âge dont nos villageoises ont gardé la coiffure légendaire. J’ai vu aussi le marquis en cheveux gris avec sa manche vide accroché sur sa poitrine au bouton de sa veste. Lui aussi porta toujours le costume rustique. Ses manières simples, son langage pur et modeste, une beauté extraordinaire dans le regard, donnaient l’idée d’un homme de grand mérite, qui a préféré le bonheur à l’éclat et choisi l’amour à l’exclusion de la gloire. »

 

Alors allons y pour le référentiel, il est question de :

Socialisme petit – bourgeois : la marquise se rend au marché pour y pratiquer plutôt des « affaires » que du « commerce », trop vulgaire.

Socialisme féodal, agraire, chrétien, plébéien : « La cornette » couvre la plébéienne tête paysanne, d’ un royal « support » moyenâgeux.

Socialisme –Républicain : l’individu, même mal né (ici de l’autre côté de la barricade, c’est un noble), trouve à se racheter par le sacrifice de sa personne aux valeurs de la République. Comme on dit vulgairement dans mon milieu d’origine, un tel sacrifice ça doit au moins vous coûter un bras (sic) !

Socialisme idéaliste, enfin : avec lui, le républicain a le triomphe modeste, l’habit austère, mais le regard fier.

 

Avec elle (3 paragraphes au dessus) :

 

« Madame la marquise de Franqueville est morte en 1864, épuisée de fatigue pour avoir soigné les malades de son village dans une épidémie. Elle avait vécue jusque-là, sans aucune infirmité, toujours active, douce et bienfaisante, adorée de sa famille, de ses amis et de ses paroissiens, comme disent encore les vieux paysans du centre. Elle avait acquis, par son intelligente gestion et celle de son mari et de ses fils, une fortune assez considérable dont elle avait fait le plus noble usage et dont elle se plaisait à dire qu’elle l’avait commencé avec un mouton. »

 

Cher « Vieux paysan », cher « Jean-Claude Sandrier » comme tu le vois et comme le chantait Jean-Ferrat, pour tondre le mouton « on se sert aussi bien du sabre que du goupillon ». Petite bourgeoise parcimonieuse, Nanon, son héroïne, commence avec 1 mouton, grâce à son attitude, qui tient autant du protestantisme que du jansénisme, par l’épargne et par l’effort, le personnage se démarque du reste de la population qui placée dans une situation identique ne fait selon l’auteur que peu d’efforts pour s’en sortir. Elle aime pourtant «ses» paroissiens et meurt de s’être trop « penchée » sur eux à vouloir les soulager.

 

Ne crois- tu pas qu’après 150 ans de pure domination républicaine, il serait temps, enfin, de prendre ses distances avec une conception du monde, qui certes a été une libération mais qui a toujours été réduite aux acquêts. Même si nostalgiques, nous ne pouvons éviter de verser une larme de conciliation sur l’affectueux passé de la « camarade » Sand-Dupin, qui s’est efforcée d’avancer vers le socialisme et le communisme utopiques, avec ses qualités et ses défauts. N’aurait-il pas été plus urgent de se livrer à une critique marxisme, pour ne pas dire léniniste, de ce genre de littérature.

 

Incontestablement cette femme est respectable, oui elle avait de vraies valeurs, mais elle avait aussi les défauts de celles-ci, elle était féministe, mais d’un féminisme petit-bourgeois, elle était communo-socialiste, mais d’une nature utopique et antimarxiste. Elle était chrétienne et humaniste sur une base très moralisatrice. Vouloir illustrer notre combat actuel en y faisant référence, me semble beaucoup moins dire aujourd’hui sur elle, dont tout me semble dépassé et dépassable, que sur la personne qui cherche à tout prix à nous faire voir l’avenir avec des lunettes du passé.  

         Sur "Réponse à John Lewis" Louis Althusser 1973

 

A propos du texte de Makarius :  «La non-réponse d’Althusser» -1974

Un mot sur la revue où est publié le texte, cette revue  « L’Homme et la société »   est créée en 1966, c’est-à-dire dans cette période historique qui voit se mettre en place les courants et idées qui vont donner les acteurs de mai 1968. Sur le site de la maison d’édition l’Harmattan qui l' accueille, tout est dit de l’objectif qui a prévalu à sa conception : " donner aux intervenants du champ des sciences humaines et sociales, le lieu de réflexion et d’élaboration d’une pensée qui échappe au déterminisme social et sociétal. La Revue se veut l’expression de toutes les luttes de libération de l’individu, contre le systémisme qui réifie, chosifie, aliène, sa pratique".

 

Concrètement cela a donné quoi ?

 

Cela a permis le rassemblement de tous les courants qui du libertaire-libertarien, au marxiste-révolutionnaire anti-aliénation, jusqu’au libéral bourgeois anti-étatiste, sans oublier le chrétien de gauche en révolte contre ses Institutions (son Eglise, son Parti, son Syndicat qui se bat pour les conventions collectives, et donc qui ne pense qu'à rester dans le cadre « rigide » du droit du travail, etc. etc.) ont cherché à rétablir la puissance du « sujet » pour le rendre à nouveau « acteur » de sa vie.

Cette représentation du monde s’est identifiée de cœur avec le projet existentialiste car comme le disait, justement, J.P Sartre :« L’important ce n’est pas ce que le système à fait de moi, mais ce que moi, je fais de ce que le système a fait de moi » (1). L’objectif de la revue étant déjà dans le titre, Il fallait rendre à « l’Homme » sa toute puissance. Dans les faits cela a surtout permis à tout un courant d’expression gauchiste de se réveiller 10 ans plus tard de parfaits « libéral- bourgeois » contempteurs de la mitterrandie ou du rocardisme, cédétistes d’essence, parce que s’étant appropriés les « 3 textes les plus lus » de la période de contre révolution idéologique qui a suivi 68 : « Le système totalitaire » d’Hannah Arendt, « l’adieu au prolétariat » d’André Gorz, « L’acteur et le système » de Crozier ou mieux encore de lui, « Le phénomène bureaucratique ».

 

Pour résumé la thèse de Sartre et de tout ce courant idéologique, l’individu à de la marge, s’il contrôle ou peut contrôler la zone d’incertitude que le fonctionnement du système autorise ce qui offre du jeu à tous "ses" acteurs. Il en a d’autant plus du jeu, que l’on cesse de prendre la société pour un système, que l’on cesse de croire que l’on a à faire à des structures et donc qu’il puisse exister un déterminisme qui échappe aux individus qui le constituent. En réalité pour ce courant tout dépend du relationnel, car la société de l’ « Homme » est bien plus constituée d’organisations que d’institutions, et que partir d’un raisonnement en terme d’Institutions contribue à nourrir les comportements bureaucratiques, ou l’homme n’est plus qu’un rouage de la mécanique sociétale.

 

On comprend mieux dès lors que l’ouvrage d’Althusser fut reçu comme une véritable gifle par tout ce courant idéologique. La Revue va devenir, le lieu de répliques critiques sur une longue période, de l’élaboration théorique de ce philosophe, (comme le rappelle Louis Althusser dans la rétention qu’il en donne dans « les vaches noires » œuvre posthume publiées par les P.U.F).

 

Qui est Makarius, j’ai eu du mal à trouver des traces de son parcours politique. Tout ce que l’on sait c’est qu’avant de disparaître en 2009, il était devenu un spécialiste universitaire des pratiques artistiques, j’ai déjà, dans d'autres textes, montré que ce domaine de recherche avait été le lieu de symbiose idéologique entre les gauchistes post-68 et les ultralibéraux économiques, ceci au nom de l’unicité de l’œuvre d’art et donc de sa non reproductibilité, ce qui permet de valider l’opération idéologique de l’homme créateur direct et unique de la marchandise. Malgré tout, tout dans sa réplique sent son jeune-marxisme d’inspiration « marxiste-Révolutionnaire », ça sent son appréciation positive du « Contre Althusser » ouvrage de 4 philosophes de feu la Ligue Communiste Révolutionnaire, autrement dit de tous les hégélianos quelque chose.

 

- Premier reproche fait par Makarius dans ce texte à Althusser, il ne répond pas à la critique que fait de lui John Lewis. Il se sert de cette critique pour construire une réplique qui déplace le sujet. En aparté  on se souviendra que c’est un reproche identique que Lucien Sève adresse à Althusser dans la correspondance qu’il a avec lui [Correspondance 1949-1987 aux Editions Sociales 2018] : «  Althusser quand il me réplique ne répond pas à mes thèses, il les déplacent ou les déforment »].

 

  Je ne vois qu'une "anecdote" à opposer à ce genre d' argutie  : Jeune lycéen des années 70, je me souviens de ma classe de terminale ou j’ai pu m’initier à la philosophie. Je n’ai d’ailleurs jamais dépassé ce niveau académique car ce qui m’intéresse aujourd’hui ce n’est pas « la » philosophie, mais « le » politique et peut-être par là la philosophie du politique. Voilà le sujet, nous avions à traiter d’une discussion indirecte entre Descartes et Kant, « le thème ? », je l’ai oublié, tout ce dont je me souviens c’était d’avoir été choqué par la réplique de Kant à Descartes, où j’estimais qu’il déformait Descartes et ne lui répondait pas. Je fis beaucoup rire mon prof de philo, par mon « innocence ». « Toute la philosophie, me dit-il, est basée essentiellement sur cette équivoque, où chacun construit son propre système de pensée en s’appuyant sur un prédécesseur à qui il prétend répondre, mais à qui de fait il ne répond pas. La philosophie déplace et réagence, bien plus qu’elle ne clôt ou résout ». Je m’étonne que deux professionnels de la philosophie, deux professeurs de philosophie, puissent être surpris du comportement d’Althusser. (A moins que leur « étonnement » soit lui-même, un étonnement philosophique, ruse de la raison et de la dialectique).

 

- Second reproche, Althusser ferait passer ses thèses, pour celles du marxisme-léninisme. Étonnant comme position de la part de Makarius, car depuis quand ce dernier était marxiste-léniniste, et quelles qualités avait-il pour en juger ?

 

Effectivement Althusser, commet « volontairement » un contre-sens car il n’est pas stalinien ( il est même pour moi le seul anti-stalinien conséquent), mais il veut rester fidèle à Lénine, ce que n’est pas le courant marxiste-révolutionnaire, donc il accepte de se battre dans les catégories du seul marxisme-léninisme, pour « redresser » ce qu’il appelle la « déviation » stalinienne. Déviation qui affirme offrir au mouvement communiste international un sens de lecture des écrits comme de la vie de Lénine (Ce n’est absolument pas la problématique de Trotski ou de Luxemburg, qui eux se mettent sur un pied d’égalité avec Lénine, pour construire leurs propres référentiels théoriques issus de leurs propres lectures de Marx).

 

En réalité, la problématique althussérienne, développée dans ce texte, est une mise une œuvre du projet « maoïste » de déplacement-rectification de ce qu’est la doxa stalinienne. Ceci, bien sûr, échappe totalement et aux marxistes-révolutionnaires, car pour eux Mao égale Staline, et aux droitiers du P.C.F parce que cette problématique est à contre-courant de leur « humanisme », quant aux Marxistes-léninistes staliniens, ils voient bien que ce marxisme-léninisme « rectifié » (« imaginaire ») n’a rien à voir avec les écrits de Staline et que par conséquent Althusser trahit Staline. Cependant qu’Althusser le fait pour combattre la déviation de droite qui devient dominante dans le Mouvement Communiste International. L’Humanisme, l’Homme, mais aussi l'homme, devenant la problématique centrale de ce nouveau cours. En réalité ce dernier n’a rien d’un redressement de fonds, il vient se surajouter à une déviation qui est déjà une déviation de droite, la déviation stalinienne, qui ne faisant d’ailleurs pas mystère de son accointance avec la problématique « Humaniste » (Staline « L’Homme, le capital le plus précieux » 1935), veut trouver un lien direct entre l'homme concret et l"homme économique. En effet dans ce dernier texte, Staline ne traite pas des hommes comme individus, mais des hommes en ce qu’ils sont des supports de rapports sociaux, des agents de production. L’article est le siège de la fameuse phrase « Les cadres décident de tout ». Staline en « humanisant » les rapports sociaux cherche à masquer la place qu’occupent ce type de producteurs, dans le système soviétique.Pour ce faire, il crée pour cela une catégorie sociologique pauvre "les intellectuels" . C’est pour cela qu’Althusser part en guerre contre l’Humanisme théorique. Il voit bien que cette question est le masque d’une déviation droitière du léninisme et donc que rajouter de l’humanisme à l’humanisme, comme le fait la rectification de l’après 20ème congrès du P.C.U.S, avec sa dénonciation du culte de la personnalité, ne règle rien.

 

La limite et puissance de la forme d’intervention que fût « Réponse à John Lewis » est contenue dans son expression même, il veut rendre au politique (Le Communisme) une puissance qu’il ne peut faire jouer dans la politique (le Parti Communiste Français). Effectivement comme il le reconnait lui-même, il est obligé de s’inscrire dans la mise en œuvre d’un « théoricisme » de l’approche de « la » politique. Et pour enfoncer le clou, il fait distribuer en même temps que livre, un petit fascicule de présentation de la Collection Théorie chez Maspéro. « Il » y décrit la maïeutique à l’œuvre dans le petit groupe d’amis qui anime la collection (on ne peut s’empêcher de penser à Epicure et à son rapport à l’amitié, un Epicure qui loin de fuir « le » politique le placerait au centre de son intervention, bien que tout comme lui, il se méfie de « la » politique.). Et il insiste, l’ouvrage qui fait correspondre le plus la politique avec le politique, c’est « Réponse à John Lewis » et « pour cela, dit-il, moi Althusser, n’ai pas hésité à simplifier, pour que le simple petit militant de base puisse comprendre ce qui se joue ». Jusqu’à quel point simplifie- t’il, c’est toute la question, mais dire que cet ouvrage n’a pas eu d’effet serait mensonger, je suis un produit politique de ce texte, et malgré ses limites, il a constitué pour moi un grand pas en avant pour lutter contre les staliniens, les trotskistes et les droitiers.

 

C’est dans cet état d’esprit qu’il convient d’entendre le troisième reproche fait à Althusser, qui utiliserait des formules lapidaires, pour ne combattre que des « mots ». Ainsi la thèse « c’est l’homme qui fait l’histoire » qui pour Althusser serait fausse et donc selon lui « bourgeoise ».  Disons que selon nous elle est tout simplement  « humaniste » et comme l’humanisme réelle ne fait pas référence à la lutte des classes, ce n’est pas son objet, elle ne répond pas à la question marxiste : qu’est-ce qui produit l’évolution de la société. On peut donc juger que l’expression de la contradiction est mal posée, quand Althusser voulant aller à l’essentiel raccourcit la réflexion, mais réciproquement, Makarius en profite pour se lancer alors dans une pseudo controverse où il ne comprend pas ce que dit Althusser. Moi qui ne suis pas philosophe, je vois bien où se tient le quiproquos. La distinction conceptuelle de « l’homme », avec « l’Homme » Que l’on confronte d’ailleurs avec un « faire » à base d’activités effectuées par un « menuisier ».

 

Il est clair que pour Althusser (comme pour moi) que l’Histoire de la Société dans son appréciation marxiste, n’est pas celle des individus singuliers, donc n’est pas celle de la simple communauté humaine (position éthologique), c’est l’histoire de la lutte des classes. Que cette lutte est donc le moteur de l’Histoire (sociétale comme sociale, la première étant révolutionnaire et la seconde réformiste). Que ce moteur ne tient pas sa logique de l’historicisme des événements, pas plus que de l’anthropologie humaine, mais de la mise en œuvre de l’Economie Politique, qui comme « main invisible » produit une division du travail qui projette les individus de manière systémique d’un côté ou de l’autre de la barricade sociéto-sociale, distinguant exploités et exploiteurs, car ils s’inscrivent, quoi qu’ils veuillent et quoi qu’ils pensent, dans la logique économique d’un système d’exploitation.

 

Il est clair que « l’homme qui fait l’histoire » ne fait l’histoire que de son évolution particulière, l’histoire biologique et l’histoire spirituelle de son individualité singulière. Si on souhaite le saisir dans une autre catégorie, par exemple, une catégorie sociale ou sociétale, il deviendra « Père, frère » ou « français, breton » ou « pécheur ou menuisier » ou encore « patron ou ouvrier » ou encore « exploité ou exploiteur ». Mais qu’aucune de ces catégories ne se définit principalement par un référencement vis à vis de la seule catégorie d’ « homme » (avec une minuscule et au singulier), ce sont donc toutes des catégories issues de la sociologie ou de l’économe politique, plus généralement des sciences humaines et sociales qui au contraire le définissent.

 

Quant à L’ « Homme qui fait l’Histoire » c’est une appréciation spiritualiste de la catégorie métaphysique, générique, de tous les hommes singuliers, l’Histoire comme l’Homme avec un « H » majuscule sont composés de toutes les histoires singulières du genre humain qui font les sciences naturelles, sciences humaines et sociales. C’est cette définition que Hegel retient, un méta-système spiritualiste et paradoxalement que la Revue ou écrit Makarius porte en exergue, avec son affichage de l’Homme en majuscule. mais qu’à l’opposé l’histoire de la société, dans ce qu’elle a de spécifique et qui est bien autre chose que la simple histoire de la collectivité humaine, est l’histoire de la lutte des classes.

 

Le "menuisier" qui fait ou fabrique la table est une catégorie issue de la division sociéto-sociale des métiers Le menuisier, agent technique produit de la division du travail, « fait » la table autrement dit, il la « fabrique » plus exactement il la rabote, la scie, la cloue, etc. autant de verbes d’action qui sont issus de la division du travail.

 

 Pour Makarius, en s’opposant à la thèse « L’homme fait l’histoire » Althusser critiquant Lewis, critiquerait Marx et restaurait Hegel.  Il va jusqu’à dire « pour la philosophie hégélienne c’est l’Idée, l’Esprit absolu, qui fait l’histoire, mais qu’il s’agit en réalité d’un homme concret de chaire et de sang chez Marx, qui est pris dans son moment d’universalité, mais non comme une abstraction pure,… », pourtant qu’est-ce que cet homme « concret » « saisi » dans son moment « d’universalité », sinon une abstraction.  Depuis quand peut-on connaître concrètement un "moment" "d’universalité", comme on connaît concrètement une singularité matérielle ( ?!) et en quoi l’antihumanisme théorique d’Althusser s’oppose t’il à son humanisme pratique qui porte lui aussi sur l’homme concret qui précisément parce qu’étant concret est nullement universalisable comme catégorie économique.

 

Lewis dit « la critique de Marx ne s’adresse pas à l’homme concret mais à l’homme abstrait », en fait historiquement Marx ne s’intéresse pas à l’homme concret, il s’intéresse au processus d’abstraction qui précisément ne se définit ni ne se qualifie par les qualités de l’homme singulier mais dans ses qualités sociales et sociétales, qualités qui lui sont imposées bien plus qu’il ne les sécrète. Ce qui l’intéresse ce sont les producteurs et leur relation à la division du travail et à l’exploitation qui leur assignent des places. C’est vrai que dans toute la première partie de son œuvre, il est encore victime du stade qu’il saisie autour de lui où c’est le petit producteur qui « fait » l’histoire, puisque c’est par son activité singulière que se construisent les sciences humaines et sociales dont l’économie politique. Pour décrire les prémices de cette réalité Marx voit dans l’anthropologie, l’une des sources possibles, de l'hominisation. Cependant très vite Marx (coupure épistémologique) comprend que la nature du système économique et sociale a totalement changé, ce sont les groupes, les masses, les concentrations de puissance qui fixent le tempo de la vie des sujets singuliers. Et il ne s’agit nullement là d’un Homme abstrait mû par une puissance divine comme fait semblant de le croire Makarius, mais d’un système qui impose sa loi car il concentre toute la puissance de la science de la technique et de l’économique au profit d’une classe sociale. Pour retrouver son homme concret fait de chair et de sang comme agent économique social et sociétal, Makarius comme les idéologues libéraux est obligé de nier que le capitalisme soit un système, il en fait un pur produit de la volonté des coéchangistes. La volonté des hommes concrets va suffire à changer la nature du système, apparemment Makarius comme tous les idéologues de cette représentation du monde n'ont tiré aucune conclusion pratique de la première révolution socialiste, de la nécessité où elle s’est trouvée de rentrer dans les clous du fait de la loi de la valeur, qui a rabattu la superbe des bolcheviks dans leur prétention à lui échapper. Pas plus qu’ils ne sont capables d’expliquer, autrement que par un référentiel psychologique mâtiné de sociologie, qui a restauré le capitalisme en URSS.

 

« C’est assez dire qu’Althusser lit individu là ou il y a écrit « homme » et sujet là ou il y a écrit « personnage » affirme Makarius. Si le sujet devient un « personnage » c’est que la catégorie de sujet est autant mue qu’elle ne meut, en quoi un homme n’est pas un individu et en quoi un sujet n’est pas un personnage,  Makarius prend cet exemple pour dénier tout droit à Althusser de parler de l’humanisme pratique. Le lecteur ne doit pas se laisser abuser nous dit-il, Althusser ne retient comme « hommes » « viables » que « les agents des différentes pratiques sociales du procès historique de production et de reproduction », effectivement Althusser est marxiste et en tant que tel il s’intéresse au système capitalisme et pas comme les sociaux-démocrates ou les bourgeois aux seules organisations qui fondent la collectivité (le social), ne s’adressant qu’à des « individus » sans statuts.

 

Pour changer des organisations il faut la volonté de ceux qui les font vivre ou de ceux qui les combattent. Pour changer des institutions (et l’entreprise est certes une organisation mais dans le système, le système capitaliste, c’est une institution) il faut produire une contre-logique systémique, il faut mettre en place une nouvelle logique et non simplement produire une lutte de libération des individus, pour un environnement sans caractéristique. En ne construisant qu’une logique de luttes sociales en lien avec la "libération" de "l'homme" et en refusant la lutte pour le sociétal, contre le système capitaliste, ce type de mouvance ne fait que l’entretenir en lui fournissant des stratégies d’auto-réformes alors qu’il s’agit de le renverser.

 P.S : J.P Sartre :« L’important ce n’est pas ce que le système a fait de moi, mais ce que moi, je fais de ce que le système a fait de moi » (1), cette thèse centrale est justement posée, mais aussi bien dans l'existentialisme que dans le réformisme ou le marxisme-révolutionnaire, elle est résolue dans un sens bourgeois ou petit-bourgeois. Pour rendre à l'individu sa puissance, elle s'oblige (libre arbitre) à lire l'action du "sujet" comme pur effet de celui-ci, l'individu-sujet à le choix, il a les moyens de ses choix. Ce que montre l'analyse antihumaniste théorique, et non pas pratique, c'est que le milieu comme l'environnement ne sont pas libres, et que l'esprit et l'univers de la liberté sont en réalité deux formes d'expression de la dictature du sujet de droit autrement dit du citoyen- propriétaire. Seul le collectif, si il se pense collectif, agît en collectif au profit du collectif, peut constituer une contre- tendance, mais dans ce cas il doit imposer une contre logique structurelle qui échappe aux intérêts individuels. La satisfaction de l'individuel ne devient possible qu'à travers la satisfaction collective. Construire la satisfaction collective comme somme des satisfactions individuelles revient à accorder la "dominante" à un unique individu, devenant idéal-type, or ce que montre l'Histoire, c'est qu'elle est bien plus et bien autre chose qu'une collectivité sociale, elle est une société, où l'arbitraire symbolique structure et donc construit les organisations, leurs formes et leurs possibles.

 Textes d'Althusser versus Makarius.

 

4 thèses à discuter, en partant des catégories philosophiques :

 

« homme » et/ ou « Homme » ; « histoire » et/ ou « Histoire »

Je ne suis pas philosophe, mais pour moi, tout militant politique, tout citoyen qui veut croiser le Politique à la politique est tenu de s'interroger, sur les catégories ou concepts qui les font vivre. L'épistémologie des Sciences humaines , sociales et sociétales, lui sont donc indispensables. 

- L’« Individu » relève des sciences de la nature (biologie, physiologie, etc) c’est un concept qui insiste sur la singularité, l’unicité, d’un « être » vivant (plante, animal, humain), avec pour les deux dernières catégories un lien en une science commune, l'éthologie, qui rabat l'humain sur son animalité, mais aussi sur la présence du vivant, vis-à-vis d’un reste de la nature (morte) qui apparaît comme un magma moins significatif, car ce qui la constitue ne semble pouvoir être mue, par aucune force (à tort ou à raison) interne ou externe.

 

-Le concept d'«Homme » relève des sciences naturelles mais aussi humaines qui définissent et distingue le type d’individuation du biologique (homme, femme, transgenre) et socio-sociétal (anthropologie et ethnologie (fonction et structure) mais dans ses sciences avec une évidation du concept de structure au profit de celui de fonction) avec une surdétermination du biologique dans le déterminisme d'une grégarité de l'espèce, le social y tient du biologique.  Par ces deux instances, dans certaines représentations philosophiques, il se charge d’une « transcendance », c’est le cas de la vision hégélienne, le droit naturel.

 

-La « Personne » relève des sciences humaines et sociales (psychologie, pédagogie, linguistique, sociologie, etc.) qui définissent la civilisation de l’homme (son « éducation »).

 

La « Personne » se présente donc comme un trépied conceptuel:  il a ainsi un pied dans les sciences de la nature, l’« Individu », un pied dans les sciences humaines l’« Homme », et un pied supplémentaire dans les sciences sociales la « Personne ».

 

Ce n’est qu’avec deux sciences particulières l’Economie et l’Histoire (Les fameuses Sciences Politiques, si on y ajoute le Droit), que le débat rebondit. 

 

Faut-il maintenir l’idée d’un trépied ou bien en ajouter, créer, un nouveau, un quadripied. La thèse qui veut que l’économie fasse partie des sciences sociales, poursuit l’idée de la présence humaine, via l’homme et la personne, dans la catégorie de l’homo-oeconomicus, calculateur et rationnel. On parle alors des « Sciences Economiques » (comptabilité, gestion, rationalité des acteurs économiques). A l’opposé, ce n’est que dans le concept d’Economie- Politique que pour un courant philosophique particulier, la rupture a lieu : le courant de l’anti-humanisme théorique. Jusque-là on restait dans la logique relationnelle, avec les catégories ou concepts d’Individu, d’Homme et de Personne, avec le concept d’ « Agent », on change de niveau syntagmatique au sein du paradigme( collectivité, société,  et/ou, Formation Sociale,  mode de production). On n'est plus dans la logique relationnelle on passe dans une logique de subordination systémique, la relation devient un rapport. L’Agent devient un « sujet » économique et social sous assujettissement sociétal, il devient un acteur d’une scène dont il ne définit pas les conditions. Ce n’est plus la scène sociale qui fixe les règles du jeu relationnel mais la scène sociétale, qui est un système, constitué d’une logique propre ou l’humain en son « essence » n’a pas sa place. C’est la logique institutionnelle qui prévaut, ou des structures imposent leur régulation.

 

Quand on s’intéresse à l’ouvrage d’Althusser on a l’impression d’un manque de précision dans la succession de certaines de ses assertions, ce qui fait qu’il perd en crédibilité alors que ce qu’il veut dire me semble fondamentalement correct. Il me semble plus juste d’essayer d’approfondir les 4 formulations possibles qui courent de façon apparente ou larvée :

 

« L’homme fait l’histoire » ; « l’homme fait l’Histoire » ; « l’Homme fait l’histoire »;  « l’Homme fait l’Histoire »

Si l'on reprend la distinction individu, homme, personne, agent. Avec l' "homme" On se trouve ici au niveau juste supérieur au biologique et au physiologique, avec l'introduction de la psychologie en lien avec le collectif, il y a déjà un effet social, mais une socialisation liée encore largement aux qualités de l'espèce,son éthologie, dont dépend sa grégarité.

 

On a le sentiment que parfois Althusser rabat la catégorie d'homme sur celle d'individu, mais pour lui à ce niveau c'est quand même le biologique qui est déterminant, et il veut introduire une césure dans le concept qui lui est supérieur, la "Personne", dans ce qui tient du "social", entre ce qui tire vers le biologique et le psychologique et ce qui tire vers le sociétal. Pour lui c'est le sociétal qui est surdéterminant. 

 

« L’homme fait l’histoire » : signifie que l’homme fait son histoire singulière, comme individu concret, on est dans la temporalité biologique, physiologique, psychologique. Cependant que l’histoire de l’homme est plurielle, elle mobilise, de nombreuses sciences naturelles ou humaines, de quelle(s) histoire(s) parle t’on ? La thèse est d’autre part incomplète car l’histoire (les histoires) fait (font) tout autant l’homme. Dès lors ce n’est plus l’individu, mais plus surement le sujet, la personne, qui fait l’histoire, il la détermine par ses choix tout autant qu’il est déterminé par elle, car il s’inscrit dans une histoire toujours déjà là, elle est naturelle mais aussi sociale et elle ne devient sociétale que pour la personne transformée en agent économique par le système capitaliste. Reste donc à savoir à quel niveau le marxisme doit raisonner, dans les sciences de la nature, dans les sciences sociales, ou dans les sciences sociétales ? Nous savons que pour Marx l’histoire de la nature relève essentiellement du matérialisme naturaliste. Quand Althusser parle du menuisier qui fait la table, il est dans le sujet sociéto-social singulier, il n’est pas dans le sujet biologique. « L’homme qui fait l’histoire » est donc une prénotion, trop vague et trop floue qui ne répond pas à l’axe des sciences sociales et sociétales, uniquement aux sciences humaines en lien avec les sciences naturelles. Or nombres de marxistes influencés par la lecture hégélienne font de l'approche matérialiste- naturaliste, une approche

spontanément marxiste.Pour eux matérialisme veut dire marxisme, c'est en partant de cette déviation, quelque peu présente chez Engels, et surtout Staline, que la représentation d'une "totalité" de l'univers poursuivant une même logique s'impose. La dialectique des sciences de l'univers, se font image de la dialectique des sciences de la nature, qui équivalent elles mêmes à un calque des sciences sociales mais aussi sociétales. L'ensemble formant ce que l'on appelle la dialectique matérialiste,comme une totalité, Althusser remettra en cause cette vision des choses.

-« L’homme fait l’Histoire » : l’individu participe à son niveau à la grande Histoire, mais comme individu il pèse peu, sinon en s’agrégeant à d’autres individus et là encore sont-ce des individus, des hommes, des personnes ou des agents économiques et sociaux qui font l’Histoire, autrement dit qui en sont le moteur ? L’Histoire comprend toutes les histoires singulières de ces différentes instances, mais pour le marxisme et sa problématique qu’est-ce qui est déterminant en dernière instance, c’est l’économie, donc l’Economie politique, et pas contrairement à ce que prétend l’idéologie bourgeoise, les sciences économiques. Donc l’individu, l’homme, la personne, ne jouent pas de rôles centrales sur cet axe, c’est l’agent qui parce qu’il est l’actif du Mode de production et que celui-ci est mû par un système, l’exploitation, qui est la catégorie pertinente. Bien sûr cet agent est aussi un individu, un homme (une femme), une personne. Mais ces trois instances ne jouent que des rôles subsidiaires, quand on s’intéresse à l’Economie politique, autrement dit quand on s’intéresse aux structures et à ce qui les meut, le système. Il n’y a qu’un cas principal où cette interrogation reprend tout son sens c’est quand la structure est réduite à une forme vide, une coquille vide, pour ne plus être le lieu que de mise en œuvre de fonctions, dans ce cas ce n’est plus l’axe syntagmatique de l’Economie politique qui reste centrale, ce n'est plus l'axe sociétal, l'axe du rapport, cela devient uniquement l'axe social, l'axe de la relation. L'axe de la relation autorise la coupe verticale qui veut voir dans l’empilement paradigmatiques des différentes syntaxes (des différents axes des sciences naturelles, humaines et sociales) une unité organique ayant une pertinence propre. X est à la fois l’Individu (biologique), mais aussi l’homme (sciences humaines), la personne (sciences sociales) et éventuellement l’Agent (sciences sociétales), mais ici on ne sait plus quel est le moteur et quelles sont les catégories scientifiques pertinentes expliquant le mouvement de X. Qu’importe, nous répondent les « humanistes » antisystème, puisqu’ en restant au niveau des logiques scientifiques (coupes horizontales, axes syntagmatiques) vous nous chosifiez, vous nous réifiez, car vous niez l’unité, la singularité de l’individu et donc ce qui fait la force de « l’unique », ce qui tient de sa propriété (« L’unique est sa propriété » quintessence de l’anarchisme individualiste de Max Stirner).    

 

-« L’Homme fait l’histoire » associe l’ensemble des genres en une unité unique, ou domine le point de vue naturaliste mais aussi spiritualiste, c’est une thèse type de l’histoire religieuse, puisqu’elle sous-entend que l’histoire singulière a à voir avec un déterminisme déiste, la catégorie générique d’Homme, mais aussi une ontologie, un tel homme n’existe pas, sinon à imaginer qu’au travers de chaque homme, femme, etc. singulier s’exprime l’Homme des hommes. C’est d’ailleurs plus une thèse protestante qu’une thèse catholique.

 

-« L’Homme fait l’Histoire » est le discours type de l’idéalisme conceptuel mis en œuvre par Hegel. On en reste à la forme « méta » des catégories (sexuelles, comme sociéto-sociales, mais aussi métaphysiques), on a ici le concentré de l’idéalisme absolu, la négation de la négation de la transcendance idéalisée. La dialectique d’un passage d’une instance à une autre, mais en quoi est-ce pertinent ?

 

On est là effectivement au cœur de la contradiction de l’expression althussérienne quand il pose comme un aboutissement que : « la question du « sujet » de l’histoire disparaît. L’histoire est un immense système « naturel-humain » en mouvement, dont le moteur est la lutte des classes. L’histoire est un processus sans sujet. La question de savoir comment « l’homme fait l’histoire » disparaît complètement. » p31.

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Ce passage du texte apparaît comme totalement contradictoire avec le reste de l’ouvrage. L’histoire, et donc non pas l’Histoire (somme de toutes les histoires : naturelles, sociales, sociétales), ici n’est pas spécifiée, on peut considérer que cette occurrence « abstraite » s’applique pour chacune des 3 instances (naturelle, sociale, sociétale). Le sujet y disparaît effectivement car il est autant mû qu’il ne meut, et quand il meut nul ne peut affirmer que ce soit dans un rapport qui rompt avec ce qui l’a mû (question de la liberté et du libre arbitre souvent plus affirmée que démontrée) dans ce cas effectivement la question du sujet, et celle de la liberté de son action, semble disparaître. Mais la phrase qui suit me semble mal écrite : l’histoire est un immense système « naturel-humain » en mouvement dont le moteur est la lutte des classes. Ce n’est pas l’histoire, mais l’Histoire qui est un système global. Elle regroupe les 3 instances, là on peut effectivement considérer que c’est le sociétal qui en est le moteur, en dernière instance, puisque c’est cette catégorie qui rompt avec les 2 précédentes (le naturel et le social), pour expliquer que la lutte des classes, d’un point de vue marxiste, est autre chose que la lutte sociale (catégories sociologiques, culturelles etc. issues des formes d'organisations humaines), ou que la lutte naturelle-psychologique, celle des individus- hominisés entre - eux.

 

Il me semble que la phrase juste aurait dû dire : l’Histoire est un immense système « nuturo-socio-sociétal » en mouvement, dont le moteur est la lutte des classes.

 

Mais ici on tombe dans une autre difficulté, c’est qu’Althusser n’a jamais développé ce type d’approche, il n’a fait qu’en poser les pierres d’angle. Il resterait donc à étudier comment le sociétal influe sur le social, qui lui même influe sur le naturel. L’immense majorité des sciences humaines et sociales étant, elles, construites sur un rapport inverse à cette thèse (i.e :comment l’individu s’hominise et devient essentiellement un agent « social » puisque le "sociétal" n'est qu'une manifestation du "social'. Ce qui permet à ce courant dominant de poser la thèse du sujet vecteur d’un libre arbitre sous contrainte, par évidation du concept de structure au seul profit du concept de fonction).

 

Un certain nombre d’auteurs, une minorité, sous influence de la problématique althussérienne (ou structuraliste, ou bourdieusienne etc.) ont cherché à réagir, notamment en économie politique ou en sociologie et dans leur rapport avec les sciences de la nature (biologie, psychologie, etc.), le cas le plus connu étant la réaction vis-à-vis de la psychologie-sociale par la mise sur pied d’une socio-psychologie. Et bien sûr la tentative de Marx lui-même de créer une Economie Politique face au courant dominant néo-classique de fonder des "sciences économiques" fruits d’une rationalité des agents économiques, autrement dit de leur subjectivisme.

 

Quand Makarius dit que ce type d’approche « méta » : l’Histoire, est hégélienne, il n’a pas tort, même si dans ce court extrait, qui fait disjonction avec le reste du livre, le méta est nié par le rappel d’une lutte des classes qui vient en son sein en contrer l’effet.

 

Cependant qu’Althusser dans l’ensemble de son oeuvre a préféré la disjonction des 3 instances pour n’affirmer que la prééminence du sociétal, la logique systémique de l’Institutionnel mue par la lutte des classes, considérant les deux autres (le naturel et le social) que comme des champs soumis via leur simple matérialisme naturaliste (la fameuse dialectique de la nature) à l’idéalisme, voire au réformisme et par là à l’antimarxisme.

 

Gramsci était petit et bossu, il portait des lunettes, il était linguiste spécialiste du dialecte sarde, c’était un grand intellectuel, il était communiste, c’était un responsable politique de premier plan et il était en prison.

 

Tous les petits bossus sont-ils des intellectuels ?

 

Tous les sardes linguistes portent-ils des lunettes ?

 

Devient-on un bon communiste parce qu’on va en prison ?

 

Etc. etc.

 

Quel est l’axe pertinent de compréhension du personnage historique qu' est Gramsci ?

Dans une coupe verticale, tout est là, tout est vrai, mais qu’est-ce qui est pertinent au regard des histoires (coupes longitudinales) qui le constituent ?  Et puis quelle Histoire, somme de toutes ses histoires singulières, ou poids d'un axe surdéterminant vis à vis des autres ?

 

Si j’étais médecin je m’intéresserai aux axes biologiques et psychologiques, le fait qu’il soit communiste ne m’intéresserait pas. Si j’étais sociologue ou économiste ce sont les catégories biologiques qui ne m’intéresseraient pas. Quant à l’Homme Gramsci, qui s’est intéressé à lui vraiment ? Peut-être sa femme et la sœur de celle-ci, pour autant qu’on les ait laissées l’approcher.

 

Lui-même dans « les lettres de prison » ne finit-il pas par les idéaliser pour en faire des « personnages » d’un roman épistolaire, qui lui permet de s’extraire de toutes les souffrances que lui imposent les sciences et leurs déterminismes (physiologiques, intellectuelles, factuelles, politiques etc.), il construit un axe sémiotique d’un « navigateur » littéraire en attente de nouvelles ou de moyens pour pouvoir poursuivre un voyage sans retour.

 

Lucien Sève est mort

Lucien Sève est mort, comme Louis Althusser il disparaît dans des conditions tragiques ( ici ,le Coronavirus). Il fut un important idéologue du P.C.F avant de le quitter en 2010. Il restera pour beaucoup de militants le directeur des Editions Sociales, leur assurant un rayonnement important parmi les maisons d'éditions françaises, une maison d'édition de gauche animée par des marxistes proches ou membres du parti communiste français.

J'ai connu Lucien au moment du 22ème congrès du P.C.F en 1976, j'étais alors un tout jeune étudiant, nous appartenions à la même section du parti à Bagneux dans les Hauts de Seine.

Lucien joua un rôle important au niveau national, mais aussi local, sa parole était sacrée et il n'était guère permis de la contester. L'appareil l'a vraiment utilisé pour justifier sa ligne politique, par la suite, Lucien s'en est rendu compte et il s' en est plaint, surtout quand il a commencé à remettre en cause un certain nombre d'évidences idéologiques qu'il n'était pas permis de contester.

Je me suis trop opposé à lui et de façon trop passionnelle, moi d'influence althussérienne, pour qu'aujourd'hui dans un mouvement de balance je n'essaie pas de lui trouver quelques qualités, qualités qu'incontestablement il possédait.

 

Il restera dans l'histoire comme un grand épistémologue de la psychologie, science qu'il chercha toujours à nourrir d'un

apport matérialiste, dialectique et social. Il se voulait un continuateur de l'oeuvre de Georges Politzer qui lui aussi s'était intéressé à la psychologie, à travers sa tentative de fonder une psychologie du drame humain.

Il fit redécouvrir le courant soviétique, en particulier le courant cognitiviste (Léontiev, Vytgovski). En ce domaine, son oeuvre maîtresse "Marxisme et Théorie de la Personnalité" fut un grand moment de l'apport d'un marxiste français à la psychologie, il continua aussi l'oeuvre d'autres marxistes français qui de Wallon à Zazzo ont permis de fonder une pédo-psychologie , ceci lui conféra une audience certaine dans le champ des sciences de l'éducation, avec sa judicieuse intervention sur la question des dons.

Enfin et incontestablement il chercha toute sa vie à sortir du dogmatisme stalinien en reposant sans cesse la question du communisme et son lien avec le socialisme, en même temps qu'il voulait absolument aboutir à la domination théorique d'un possible passage pacifique au socialisme. Depuis il avait rompu avec cette catégorie "le socialisme" pour ne plus défendre que le passage au Communisme, Communisme dont les formes seraient "déjà-là"

 

Il vécut des conditions analogues à son prédécesseur G. Politzer ,d'abord philosophe puis épistémologue du champ psychologique et psychanalytique, enfin dirigeant politique chargé d'organiser la réflexion idéologique du parti et les moyens matériels de celle-ci (revues,livres). Ce parcours est tellement mimétique , qu'il a inspiré l'article " Les 3 vies de Lucien Sève" comme la vie et l'oeuvre de Georges Politzer avait inspiré à son fils Michel Politzer son pamphlet  "Les 3 vies de Georges Politzer".

 

Ces deux textes font une analyse factuelle de ce que ces deux théoriciens ont apporté à une science mais aussi au mouvement ouvrier, tout en portant un regard quelque peu désabusé pour le second moment où ils ont eu plus le sentiment d'avoir servi que d'avoir vraiment bénéficié de leur relation avec le P.C.F

 

 

Il y aurait malgré tout beaucoup à dire sur la relation de Sève à la psychologie, mais ce n'est pas l'objet premier de cet article.

Critiques de Lucien Sève :

 

Le moment du 22ème congrès m'a laissé plus qu'un goût amer dans la bouche, j'ai le plus grand mal à en voir la dimension positive  (même à la façon d'Althusser dans son opuscule "22ème congrès").

Voilà comment s'est passée la conférence de section, sur les 150 à 200 camarades présents nous n'avons été que 2 à nous battre contre l'abandon de la dictature du prolétariat. Je ne comprenais pas comment on pouvait abandonner un concept aussi central de la théorie marxiste, au point que Lénine lui même affirmait dans son oeuvre majeure " L'Etat et la Révolution"

 que non seulement on n' était plus communiste quand on abandonnait la dictature du prolétariat, mais on n'était même plus marxiste !

Je déclarais reprenant Lénine :

 "Ne reconnaître que la lutte des classes, c'est se battre dans une vision bourgeoise de la conflictualité capitaliste, autrement dit une vision réformiste, mais aussi révisionniste quand on la détruit conceptuellement."

C'est alors que Sève me coupa la parole et déclara tout de go :- "Tu n'as qu'une vision LIVRESQUE de la dictature du prolétariat".

 

j'en restais sans voix ! C'est vrai, il n'avait pas tort (1), mais j'étais furieux, d'autant plus furieux que l'homme qui s'adressait à moi était directeur des Editions Sociales. Pourquoi publiait-il des livres, si les livres de théorie n'étaient porteurs d'aucune vérité scientifique issue de l'expérience du mouvement ouvrier ! Je me dirigeais vers la table de littérature et m'emparais de la "Lutte des classes en France" et surtout de la "Critique des programmes de Gotha et d'Erfurt" les deux ouvrages politiques incontournables de Marx et Engels.  La table se tenait devant la tribune.

 

Je déclarais alors furieux

"N'es-tu pas directeur des Editions Sociales, les éditions du parti, n'est-ce pas toi qui viens de faire rééditer ces deux livres, les deux affirment clairement que Marx est pour la dictature du prolétariat, et comme le rappelle Emile Bottigelli dans le texte de 1949 de préface que tu as jugé utile de reproduire, Lénine comme Marx sont de chauds partisans de la D.D.P !" 

On me coupa la parole et je ne l'eus plus du reste de la conférence.

 

Il y a quelques années maintenant, Sève a déclaré qu'il n'était plus marxiste seulement "marxien", en vérité, cela faisait bien plus longtemps que cela qu'il n'était plus marxiste, et l'un de ses actes fort de rupture avec le marxisme est d'avoir convaincu et été convaincu qu'il fallait renoncer à la Dictature du Prolétariat.

Pis que cela encore, je me suis laissé abuser par l'idée répandue, que finalement c'était la façon du P.C.F de rompre avec le modèle soviétique et de procéder à une critique du stalinisme sans le dire. En fait cela fut bien plus grave, non seulement aucune analyse de classe n'a été produite de la réalité soviétique par le P.C.F, on en est resté à une vision essentiellement psychologique "Le culte de la personnalité",  ce qui est conforme à la déviation sévienne, l'introduction du psychologisme dans le marxisme ayant pour conséquence d'y conforter la déviation de droite, mais surtout on a renoncé à analyser les sociétés occidentales comme des dictatures de classe. Autrement dit le psychologisme a comme alter égo le sociologisme, représentation scientifique qui considère qu'il existe essentiellement, dans le capitalisme, des catégories sociales et non des classes sociales au sens marxiste du terme, donc logiquement s'il n'existe pas de classe au sens marxiste du terme, l'appareil d'Etat n'est pas un appareil répressif, ce n'est pas une superstructure composée d'institutions, mais un simple empilement d'organisations. 

Pour développer sa logorrhée sur le passage pacifique au socialisme en Occident et sa dimension inéluctable, le parti devait non seulement affirmer que la dictature du prolétariat ne pouvait qu' être conforme avec ce qu'avait connu l'Union Soviétique

mais qu'en plus, il suffisait de conquérir pacifiquement l'"appareil d'Etat" capitaliste pour que celui ci change totalement de nature.

La dictature du prolétariat est liée organiquement à la dictature de la bourgeoisie, l'une ne va pas sans l'autre, l'une est incompréhensible sans l'autre. Ce qu'il nous aura fallu, difficilement et trop longuement, comprendre c'est que quand on abandonne l'une, mécaniquement on abandonne l'autre. En fait le parti communiste français ne considère plus l' Etat capitaliste comme une dictature de classe et c'est pourquoi toute théorie du renversement est devenue inutile. Sa vision édulcorée du changement n'est qu'une énième version réformiste, incarnant son social-démocratisme (plus encore, son seul républicanisme), un social-démocratisme qui est propre au mouvement communiste et donc d'apparence différente de la social-démocratie internationale, mais qui contient la même déviation. 

Nier les contradictions propres au mouvement populaire, nier en son sein la domination idéologique de l'aristocratie ouvrière sur ce mouvement, qui est l'idéologie du social-démocratisme et que poursuit le P.C.F dans des formes qui lui sont propres,  autrement dit, ne rien faire pour en parler et poser clairement la contradiction au sein des masses populaires. C'est vouloir ne rien faire pour la résoudre. Ou encore, maintenir les yeux rivés sur la fraction dominante du capital monopoliste, pour nier le rôle historique de la bourgeoisie, qui est une classe comprenant plusieurs millions d'individus en France, et ne retenir que celui de sa fraction capitaliste et surtout sa fraction dominante ceci à fin de réduire l'adversaire, l'ennemi de classe, à une poignée d'agents économiques. C'est s'offrir l'illusion d'une contradiction résolue d’avance au moyen d'un socialisme de la communication, où il ne s'agit plus que d'informer le peuple qu'il est déjà majoritaire.

 

Un seul exemple, je ne connais en proche banlieue parisienne, dans les municipalités populaires et ouvrières, aucun représentant de ces fameux 1% si bien décrit par Pierre Laurent qui s’opposerait à 99% d’autres. Or quant on y voit la violence des oppositions, particulièrement si la mairie a été ou reste communiste, l’analyse développée par le P.C.F est incapable d’en expliquer les raisons, sinon à s’essayer à un vague recours à des arguments psychologiques ou sociologiques, et surtout ne pas se servir de l’analyse des contradictions de classes. Tout simplement parce que le concept de classe au sens marxiste du terme, le P.C.F l’a tué en en faisant une coquille théorique vide, la bourgeoisie, pour ce parti, n’est plus une classe, elle c'est littéralement évaporée, évanouie, seule sa fraction capitaliste, et encore, sa fraction dominante, est porteuse d’une telle contradiction à caractère antagoniste. Avec un tel raisonnement on se rend incapable de comprendre pourquoi on n’obtient pas 99% des voix dans nos collectivités et pourquoi nos oppositions locales nous poursuivent d’une telle haine.

Pour le reste ce site est plein de référencements à ce qui m'oppose au néo-centrisme et à ses idéologues, qui ont fini en toute bonne logique par virer à droite (Sève, Martelli) pour que je les développe à nouveau ici, trop longuement, tout est dans mes articles.

Je résumerais en disant par rapport à l'article précédent portant sur Althusser, que Sève réduit la lutte des classes à l'utilisation des champs scientifiques qui définissent les concepts d'Individu, Homme, et surtout sa catégorie centrale la Personne.

En ce sens, il reste englué dans le biologique et le social sans pouvoir intégrer la rupture que constitue le sociétal et sa catégorie d'Agent .

C'est pourquoi, il tombe totalement sous la critique de Lénine qui disait fort justement qu'il ne suffit pas de reconnaître la lutte des classes (Cela Lucien savait le faire, mais à mon sens de manière réformiste) , il faut l'étendre jusqu'à la reconnaissance de la Dictature du Prolétariat, car c'est avec ce concept que l'on comprend, ce que les concepts:  d'Agent, de  Mode de Production (rapports de production et forces productives), de Structures (superstructures et infrastructures), d'Instances, de Système, d'Appareils d'Etat, de Formation Sociale etc. veulent dire.

Et ces concepts ne relèvent ni du biologique ni du psychologie et leur concept central de Relation, posant l'échange comme une contradiction non-antagoniste, une intersubjectivité  réduite au dilemme conscient/non conscient, et sa catégorisation "d'aliénation" conception qui ne peut déboucher que sur la vision réformiste d'une "société" constituée d'Organisations.

Ils relèvent de la psychanalyse et de son concept central de Rapport , qui place l'antagonisme de l' Inconscient au coeur des sociétés de classes, et son moteur l'exploitation,  elle même construite et défendue par des Institutions, qu'il ne s'agit pas de réformer, elles sont irréformables, mais de faire disparaître au profit de nouvelles, mais ayant une existence et statut provisoires  (d'où la nécessité d'un temps "long" de l'Histoire" de la transition: le Socialisme, qui doit conduire d'un Etat-Nation à une union internationale de nations sans Etats).

* Il n'avait pas tort : jeune étudiant, je n'avais jamais eu à vivre l'expérience de la Dictature du Prolétariat autrement que par ce que j'en connaissais en théorie et que j'en découvris en visitant les pays de l'est. Là effectivement je dus accompagner au commissariat de police, toutes les semaines, durant plus d' un mois, ma correspondante tchécoslovaque dont le père avait fui le pays après les événements, j'y vis concrètement ce que les staliniens appelaient "Dictature du Prolétariat" exercée contre une mère abandonnée sans ressources et sa fille. Mais Sève de quelle qualité pouvait-il arguer , pour traiter d'un tel sujet, où avait il jamais jouer le moindre rôle pour instaurer la D.D.P ?

                   La cause absente

Le Débat : Sève versus Althusser

Certains camarades peuvent penser que je déteste Sève, ce n'est pas vrai, c'était un honnête homme mais comme moi trop attaché au Parti et à son rôle historique. Il faut regarder sa dernière interview sur internet où pris dans ses contradictions, il en devient attendrissant. Il ne cesse de rappeler qu'il est parvenu à une vision ou le sujet- acteur se libère aujourd'hui totalement de sa forme d'organisation  (son lieu d'activité et aussi de réflexion), en même temps qu'il ne cesse de se référer au parti et à l'Huma. Cela fait plus de 10 ans qu'il a quitté le parti ! Mais ce qui compte encore c'est ce que fait le parti et ce que dit l'Huma, "oui l'huma va mieux on y aborde des questions de façon plus justes !" etc.etc. Pour un peu on lui ferait une bise sur les deux joues, "ah !", comme disait Escola  "Nous nous sommes tant aimés!!"

 Longtemps pour Lucien, Le Parti a eu raison, il lui fallait donc assumer la ligne, et il l'a fait avec quelque brio. Mais vous le savez camarades de tous les opportunismes, le réformisme de l'honnête homme est le plus dangereux, c'est Lénine qui nous le rappelle.

Lucien était un réformiste par honnêteté intellectuelle produit de son humanisme et il n'a pas hésité à devenir un révisionniste assumé pour cela, "je ne suis plus marxiste". Il ne l'a pas toujours été, il fut un temps où jeune professeur de philosophie, il paya en Belgique d'une révocation le fait d'être Marxiste-Léniniste. Et puis avec la crise du stalinisme, il lui fallu précisément pour sauver le Parti et pour sauver le "Système", son système, le socialisme, retrouver l'indépendance du sujet, sa "liberté". La violation de la légalité socialiste a abouti à des excès et des violations des droits de l'homme. nous disait-il, Le "culte de la personnalité" nous a conduit à accepter l'inacceptable !

" Notre grand Louis, Louis Aragon, a montré que sans liberté d'esprit, l'intellectuel et le chercheur ne peuvent pas travailler. Il faut leur rendre la "liberté" de penser" ajoutait-il.

Mais  Lucien souhaitait pourtant continuer d'être marxiste, je pense qu'il a été profondément blessé, quand Althusser n'a pas voulu entreprendre un dialogue avec lui sur le compromis qu'il lui proposait à travers sa catégorie philosophique de "Personnalité", et pourtant il ne cessait de déposer des pierres dans son jardin, en montrant que Louis l'intéressait et qu'ils partageaient des valeurs communes. C'est pourquoi, il a voulu publier ses échanges épistolaires avec ce dernier. "Nous nous connaissions, Louis était mon ami, je ne comprends pas pourquoi, il a traité par "le mépris" mes réflexions philosophiques et théoriques" voilà ce que Lucien a eu le plus grand mal à accepter.

Je pense qu'Althusser n'était pas aidé par ses problèmes psychologiques, je pense qu'il voyait trop Lucien comme un rouage de l'organisation du Parti. Parti contre lequel il était totalement en révolte, en partie à cause du sort fait à son épouse au lendemain de la seconde guerre mondiale. Et puis Louis souffrait quand même d'une déviation, celle d'accorder au politique un rôle surdéterminant, et donc de se "désintéresser" des autres champs scientifiques ( en ce sens qu'ils ont peu de rapport avec la ou le politique).

C'était le cas de la Psychologie, que le parti survalorisait, lui souhaitait qu'on réévalue la psychanalyse, et il reprochait au parti de surinvestir dans cette discipline en partie parce que ce denier avait en son sein un grand nombre de praticiens ou médecins qui en étaient partisans. Althusser trouvait que trop de "concepts" qui la constituent relevaient plus de présupposés idéologiques que vraiment scientifiques.

Pourtant me semble t'il, une même problématique les obsédait, celle de "la cause absente", la cause absente de Lucien

c'est celle de" l'excentration de l'essence humaine" du Jeune Marx de l'Idéologie Allemande.

 

"L'essence de l'homme ne se tient pas dans l'homme lui même, mais dans l'ensemble des rapports sociaux" nous dit Lucien. La fameuse VIème thèse.

 

"La cause absente de la structure" lui répond Louis "se tient dans l'Histoire, et son moteur c'est la lutte des classes". Lui choisit la XIème thèse, il faut transformer le monde.

Il me semble qu'on aurait pu éviter bien des problèmes si Lucien avait admis que sa catégorie d'Homme qui débouche sur celle de Personne par "transcendance-déplacement" dans des "rapports" sociaux, est beaucoup plus proche du concept de relations sociales que de celui de rapports "sociétaux". C'est très visible quand il transpose sa ligne philosophique en ligne politique.

Louis, lui aurait pu bénéficier de l'émergence de ce nouveau concept, le Sociétal, que l'on peut plus facilement coupler à l'Institutionnel, en acceptant de laisser le social à l'organisationnel, ce qui permet de poser le rapport en rupture à la relation.

Louis considère, les concepts ou catégories (?) d'Individu et d' Homme comme relevant principalement du biologique et du naturel (c'est ce qu'il appelle l'humanisme pratique), la psychologie y reste marquée par le comportementalisme et son lien avec l'éthologie. Il reconnait le droit pour ce champ scientifique d'exister, à la condition de le scinder complètement du marxisme et de la lutte des classes. Le marxisme définit comme anti-humanisme théorique. Lucien et Louis préféraient cependant, les cognitivistes, ils reprochaient aux comportementalistes d'être trop mécanistes.

C'est avec la catégorie ou concept de Personne que l'affrontement s'opère, car le concept lié est celui de social ou de

socialisation, Louis reproche à Lucien de rabattre le concept de Rapport sur celui de Relation. Mais ce qui fait barrage à la compréhension des enjeux , c'est qu'à ce stade l'un des deux concepts, le Rapport, n'avait pas encore trouvé son concept lié : le Sociétal. Et dans ce cas, la lutte s'opère dans une catégorie "le social" où règne la confusion.

D'où l'ambiguïté totale et l'incompréhension. Lucien ne fait vivre que la Personne qu'il met directement en relation avec les

Institutions, ce qui détruit la catégorie d'Agent, qui ne joue chez lui aucun rôle. Le salarié n'est pas un agent économique dans une institution:"l'Entreprise" ou un Agent de l'Etat, comme acteur-sujet de son fonctionnement (fonctionnaire) mais aussi Citoyen (sujet de droit assujetti) comme représentant de la société civile).C'est une personne dans une organisation, ce qui est précisément au cœur du dispositif de l'idéologie bourgeoise, qui ne voit fonctionner à l'intérieure des entreprises que des relations sociales. Certes cette personne est dépossédée du fruit de son activité, ce qu'elle a créé, lui est enlevée. Mais c'est par une logique externe à l'entreprise, le fait que cette organisation s'inscrit dans une logique marchande. Par la marchandisation des "rapports" humains, l'homme-salarié se retrouve aliéné, dans la libre disposition de soi et de son temps. L'exploitation équivaut à l'aliénation voilà la thèse des partisans "marxistes" de l'existence des relations sociales dans les entreprises.

Louis qui ne dispose pas de la catégorie liée de Sociétal se bat mordicus pour le Social parce qu'il pense que c'est le bon concept, pour parler des Institutions et en particulier de celle qui joue un rôle surdéterminant dans le système capitaliste : l'Entreprise. Entreprise qui sert de référence dans son mode de structuration comme instrument de subordination, au modèle de l'Etat. L'Etat Républicain est un instrument (à l'égale de l'entreprise) qui subordonne l'individu comme homme et c'est lui qui construit la personne comme sujet de droit.

D'autre part comme Louis n'articule pas la problématique scientifique de Systémie, qu'il juge sans doute trop mécanique, en tous les cas qu'il ignore, pour reproduire la logique d'ensemble, il laisse à la seule catégorie conceptuelle de structure le poids et la charge de s'opposer au concept de fonction, qui est au coeur du dispositif bourgeois, pour transformer la logique institutionnelle en pure logique organisationnelle.

Or, quel est le moteur de la topique des structures ? Les bourgeois ont la réponse, c'est leurs fonctions. Une association de pêche à la ligne équivaut à une entreprise,car ce sont deux organisations qui sont liées en cohérence par la logique de leurs fonctions. La fonction crée l'organe. La fonction induit la structure, à quoi s'oppose l'autre camp qui répond c'est la structure qui produit la fonction.

 

 

Alors que ce qui rend possible la cause absente, l'Instance, dans la logique systémo- structurelle marxiste, c'est que les structures sont englobées dans un système, c'est lui qui en assume le mouvement et pas la réaction des personnes. Les agents sont agis, plus qu'ils n'agissent.

 

Au coeur de ce dispositif, le mouvement du système, se tient la loi de la Valeur produit de l'exploitation (Economie Politique), ce sont les agents qui sont exploités , les personnes sont seulement aliénées (perte de la disposition de soi, psychologie).

 

( un exemple, un fonctionnaire est un agent économique qui ne dispose que de sa force de travail, en la vendant sur un marché, tout comme un salarié, il en perd la libre disposition. Sa force de travail lui est donc aliénée. Mais par le fait que son travail ne se réalise pas, ne devient pas marchandise, puisque le fruit de celui-ci n'est pas vendu sur un marché, il ne dégage ni profit, ni la catégorie centrale qui le constitue la plus-value. Le fonctionnaire n'est pas payé par du capital salarial, mais par un revenu (issu d'un impôt), le fonctionnaire est un payé, mais pas un salarié. On ne peut donc confondre l'aliénation de la force de travail, avec l'exploitation de la force de travail. Mais réciproquement on voit quelle déviation petite-bourgeoise conduit une problématique qui réduit l'exploitation à de l'aliénation. 

Althusser reconnait la Plus-Value comme centrale, mais ne reconnaîtra le taux de plus-value que tardivement (acceptation d'éditer l'ouvrage de Gérard Dumesnil "Le concept de loi économique dans le Capital").

Pour lui le concept de taux de plus-value est trop lié au concept de taux de profit, et il tire donc vers l'économisme (autrement dit vers le subjectivisme en économie, ce qui est au coeur du dispositif bourgeois et sa volonté de fonder des "sciences économiques"). Il combat l'analyse en terme de taux de profit car c'est le concept central des partisans du C.M.E ( Il a fait sien le point de vue d'Etienne Balibar développé dans "Lire le Capital" mais surtout dans "5 études du Matérialisme Historique". Le Capital de Marx, est une oeuvre qui concerne la critique de toute Economie Politique ).

Pour Althusser l'Economie, dans un premier temps, n'est pas une science, c'est une combinaison de statistiques descriptives. Ce qui est central, c'est la division du travail, la plus-value n'est pas une grandeur comptable, c'est une extorsion institutionnelle, produit de la division du travail.

Ensuite sous l'influence des jeunes économistes de plus en plus nombreux à partager sa vision de la reproduction de la société, il finit par admettre que si l'économie est déterminante en dernière instance, c'est qu'il existe un moteur à son fonctionnement, une grandeur logique. Cette logique c'est l'exploitation et l'exploitation se mesure au taux de plus-value, même si ce qui apparaît sur le marché c'est le taux de profit.

Il faut donc, quand on marxiste et surtout léniniste, derrière le taux de profit , toujours et systématiquement retrouver le taux de plus-value.

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