Débat Communiste Ouvrier est un site théorique communiste issu du PCF. Courant de la Gauche Communiste Léniniste, notre site défend les valeurs de l'opposition de gauche
qui considère que : l'émancipation des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux-mêmes.

« Il ne s’agit pas de renoncer à la thèse léniniste de la rupture de l’appareil d’Etat, comme finissent par le faire inévitablement ceux qui s’engage sur la voie « démocratique ». Il s’agit de fonder la rupture de l’Etat en la faisant surgir de l’intérieur de la société, la destruction de celle-ci, en la faisant surgir de l’intérieur du procès de production, bref il s’agit de renverser les rapports de production à l’intérieur du rapport social d’usine. »

 

"C’est à l’intérieur de l’usine capitaliste que l’ on brise aujourd’hui l’appareil d’Etat bourgeois."

Mario Tronti  « Ouvrier et Capital »   C.B éditeur

" Rassuré et conciliant, l'ouvrier de base ne dira pas en vain: Ilitch (Lénine) réfléchira, nous écoutera et décidera d'orienter le parti sur la ligne de l'opposition. De nouveau Ilitch sera avec nous. "   
 
Alexandra Kollontaï " L'Opposition Ouvrière"                    
Logo pcf (faucille et marteau).jpg
drapeau cubain.jpg
drapeau chinois.jpg

Le P.C.F face au socialisme réellement existant actuel

- Une appréciation communiste des expériences cubaines et chinoises -

Le retour massif de la loi de la valeur à Cuba, comme dans l’ensemble du bloc socialiste, oblige à nous interroger sur le rôle d’un parti communiste vis-à-vis de notre période qui voit s’imposer et triompher les rapports marchands.

 

En rompant avec un système de double parité monétaire :

- Une monnaie locale directement liée au capitalisme d’Etat socialiste offrant un accès contraint aux biens et aux services produits par ce secteur, ce qui se traduisait par une rareté de l’offre.

 - Une monnaie convertible axée sur le dollar, et donc « liée » au système péréqué mondial de la loi de la valeur sous domination de l’impérialisme américain,

 

Cuba referme son cycle de réformes économiques qui a commencé par un rétablissement des emplois privés (les petits marchés privés ayant toujours subsistés) directement assumés par des agents économiques acceptant de ne plus dépendre de la sécurité d’emplois publics rémunérés à minima. Renforcé par la mise en place de zones franches pour attirer les investisseurs étrangers etc.

 

C’est donc largement à un retour à l’économie capitaliste privée auquel on assiste, retour nettement moins marqué qu’en Chine qui vient d’annoncer, elle, qu’elle renonçait au projet des entreprises mixtes (privé-public) ou (privé-privé) sous contrôle du gouvernement chinois, pour laisser les entreprises étrangères librement s’installer en Chine.

 

Le premier constat qui s’impose à tout militant communiste qui ne veut pas renoncer à ses principes comme à ses valeurs est d’admettre que :

 

Si le socialisme d’Etat trouve facilement à rétablir le capitalisme privé dès qu’il est confronté à des difficultés, c’est bien essentiellement parce qu’il est un capitalisme d’Etat.

 

Certes un Capitalisme d’Etat Progressiste, mais un capitalisme d’Etat quand même.

 

C’est pourquoi le Socialisme se montre en définitif beaucoup plus proche du Capitalisme que du Communisme.

 

Si le Socialisme est plus proche du Capitalisme que du Communisme, c’est que les techniques (de production comme de gouvernance) qu’il emploie s’en inspirent encore largement.

 

 

 

C’est pourquoi la lutte de classes se poursuit sous le Socialisme et que contrairement à ce qu’affirmaient aussi bien Staline que les courants droitiers ou centristes des P.C occidentaux (type Lucien Sève et autres), les contradictions sous le Socialisme conservent en grande partie un caractère antagonique. Ceci comme l’effondrement du « socialisme ayant réellement existé » de l’Est nous l’a prouvé.

 

Le Capitalisme d’Etat mis en œuvre par les avancées conservatrices (Républicanisme) ou progressistes(Socialisme), ne peuvent déboucher sur une orientation révolutionnaire que si elles donnent lieu à des embryons de pouvoirs Communistes.

 

Reste à savoir si de tels pouvoirs sont bien recherchés dans les Etats progressistes, en particulier ceux qui nous intéressent les Etats Socialistes à directions « communistes ».

 

Objectivement aujourd’hui, les informations nous manquent et ne semblent pas probantes pour indiquer la mise en œuvre de projets de double pouvoir au sein des structures productives dans ces pays. C’est unilatéralement vers le rétablissement du privé qu’ils se tournent ce qui ne peut que produire beaucoup d’interrogations et d’inquiétudes chez tous les communistes.

 

La nouvelle orientation du bloc socialiste et la redéfinition des fondamentaux du P.C.F

 

Aujourd’hui ce qui sert de modèle à ce qui reste de l’ancien bloc « socialiste » est le modèle actuel chinois.

Une économie qui a largement fait retour au capitalisme privé, y compris monopoliste, pour satisfaire une demande de marchandises portée par un salariat sociologiquement majoritaire et donc formant, dialectiquement, un ensemble majoritaire de consommateurs (reproducteurs de leur force de travail).

 

A partir du moment où le modèle du choix du consommateur (aliénation marchande comprise) s’impose comme modèle dominant des sociétés modernes, la loi de la valeur internationale reprend ses droits. Les partis communistes doivent en tirer des conclusions quant aux modèles de ruptures qu’ils proposent. En particulier, ils doivent désormais procéder à une rectification de leur rapport théorique aux liens que sont : le Parti, l’Etat, la Classe.

 

C’est pourquoi, la question centrale du centenaire du parti communiste français n’est pas tant de savoir s’il a la capacité de présenter un candidat, ou non, pour la mise en œuvre d’un programme immédiat, mais s’il dispose des outils nécessaires pour analyser les sociétés de classes dont toutes celles qui cherchent à offrir une porte de sortie à cet état de fait. Or l’abandon sur des dizaines d’années des moyens d’analyse marxiste et léniniste par le P.C.F, nous place dans un flou total tant sur la suite de notre projet, que sur notre capacité à analyser la nature des sociétés qui cherchent à échapper au système capitaliste.  

 

Le capitalisme d’Etat issu de l’expérience russe, avait imposé un modèle idéal d’extraction des principes de la loi de la valeur, aux conditions d’une mise sous cloche de la formation sociale affirmant la possibilité d’une reproduction générale d’ensemble déconnectée de la loi de la valeur internationale.

 

Le modèle type de l’agent économique valorisé par cette expérience étant celui de la fonctionnarisation de l’agent économique public, puisque la non distinction des activités, productives ou non, y devenait le système dominant. [ i.e : la distinction activités exploitées (productrices de survaleur) ou non (i.e : improductives)]

 

La mise en œuvre d’une planification d’Etat réalisant une offre (sans choix) de biens et services indistincts quant à leur origine, la monnaie étant réduite à une unité de compte ouvrant sur des entrepôts-dépôts (plus ou moins remplis en fonction des résultats du plan).

 

Le système s’est rapidement traduit, malgré des politiques volontaristes de rectifications, par une absence de produits désirés et une « relative » pléthore de produits « indésirables ». Le tout s’accompagnant de goulots d’étranglement, et autres ruptures de la chaîne d’approvisionnement, par l’absence de motivations des actifs autre qu’idéologique, des gâchis de marchandises récurrents, une insuffisance de biens d’équipement sur les secteurs à forte demande, etc.

 

 

 

L’état actuel du « socialisme » chinois :

 

Tirant ses conclusions de l’échec de l’URSS et du bloc de l’Est, cela a obligé la direction chinoise à rétablir largement le capitalisme privé, mais et c’est ce qui fait sa « relative » originalité en renforçant l’un des 3 états du capitalisme d’Etat, pour le superviser, à savoir :  Le contrôle du commerce extérieur.

 

Les 3 états du capitalisme d’Etat permettant la mise en œuvre du « socialisme » dans une formation sociale donnée   étant :

 

- Le contrôle du commerce extérieur, contrebalançant les effets de la loi de la valeur internationale.

 

- L’existence d’un secteur socialisé, contrebalançant les effets de la loi de la valeur nationale.

 

- Le jeu sur les conditions de formation de la division technique et la division sociale du travail et sa reproduction, permettant de contrôler la production de la loi de la valeur.

 

 

Le choix du consommateur question centrale de la crise du socialisme

 

Le choix du consommateur s’imposant comme norme de l’accumulation (hors stade de la financiarisation), dans une société moderne ou « règnent », par leur nombre, les non propriétaires des moyens de production (excepté leurs forces de travail), celui-ci devient l’autre face de dessaisissement, ou non, de leur force de travail comme travail productif. Le fait de vouloir du choix, pour le salarié-consommateur oblige mécaniquement à la dévalorisation d’une partie du travail total effectué par l’ensemble des salariés. le bien ou service produit, par une partie des salariés, ne trouvant pas à se réaliser.

 

Le besoin s’incarnant essentiellement, aujourd’hui, sous la forme du désir. Aliéné ou non, le travailleur-consommateur, veut du produit-marchandise, car il veut du choix. Aucun contre-exemple durable n’ayant pu s’imposer face à la société du désir « bourgeois», les catégories sociales étant aspirées par les modèles de choix de consommation véhiculés par ceux qui les précèdent dans l’ordre symbolique. Le petit-bourgeois s’est retrouvé archétype fixant à la masse exploitée, son modèle d’accès aux centres commerciaux comme norme et idéal type, et même si des contre-modèles d’une consommation éco-responsable, semblent se dégager de la dernière période, ceux-ci ne s’expriment que comme une « distinction » à la marge du modèle normatif.    

 

 

Ceci a aujourd’hui des effets immédiats sur la redéfinition des possibles de la politique.

 

Deux effets se distinguent particulièrement :

 

- La démarchandisation subit une crise de légitimité.

- L’existence et l’imposition d’un travail exploité connait un regain d’intérêt.

 

Il s’agit de savoir si ces deux phénomènes remettent en cause la légitimité de l’analyse marxiste et si dès lors on peut encore parler d’Etats Socialistes concernant les Formations Sociales qui y ont aujourd’hui massivement recours.

 

La lecture dominante de l’analyse marxiste, dont celle du P.C.F, semble confirmer ce point de vue.

Suivant cette analyse, Marx s’est intéressé à la démarchandisation des rapports humains parce qu’il visait à travers eux à la désexploitation du travail. Faire un retour sur ces catégories pour pouvoir à nouveau faire jouer la loi de la valeur comme principe d’évaluation des richesses produites et de l’efficacité des processus productifs adoptés traduit l’échec à sortir des sociétés marchandes de classes.

 

En maintenant une vision humaniste de désaliénation des rapports humains par démarchandisation des relations sociales en vue d’obtenir une désexploitation des salariés, le P.C.F, comme d’autres, n’a pu que conclure à l’échec des formations sociales socialistes puisqu’aujourd’hui massivement elles reprennent le chemin inverse.

 

Dès lors peut-on encore considérer que ces sociétés confrontées au principe de réalité ont quelque chose à nous apprendre sur le maintien de vérités ou d’erreurs et illusions idéologiques, dans nos rangs. Ces valeurs ont-elles une base scientifique ou bien sont elles issues d’une origine utopique.

 

Il est certain que l’idéal de sociétés démarchandisées trouve sa source dans le courant de l’égalité et de la justice religieuse, mais aussi anarchiste, républicaine ou social-démocrate pré-marxistes. Le retour à des sociétés naturelles où le troc permettait d’extraire le moyen d’échange de sa fonction d’accumulation y apparaissant comme un idéal à retrouver.

 

Cependant, le constat de la réalité économique s’impose petit à petit aux communistes au pouvoir des formations sociales en recherchent d’un débouché progressiste à l’histoire de l’humanité. Il semble que ce ne soit pas la face lumineuse d’un avenir meilleur, ce que cherchait à définir la catégorie de « progressisme », mais sa face noir qui redonne à l’aphorisme de Marx : « L’histoire progresse toujours par ses mauvais côtés », la vérité de son énonciation historique.

 

Déjà pourtant les traces d’une double lecture du projet marxiste avaient été posées quand Marx avait établi le constat que les sociétés étaient sorties de « l’égalité » de leur état de nature, mais aussi de pénuries, par la mise en place de sociétés de classes. Le système économique mondial ayant progressé par la succession de sociétés de classes, arrachant l’homme du communisme primitif au règne de la nécessité.

 

Aujourd’hui le P.C.F doit retrouver l’appui de fondamentaux rectifiés l’aidant à approfondir son projet, mais aussi établir un rapport fraternel et distancié vis-à-vis de toutes les formations sociales en recherchent de rupture avec le capitalisme privé.

 

En ce domaine, le courant de l’AntiHumanisme Théorique (posé dès les années 60 par les amis de Louis Althusser) au sein de la gauche du P.C.F peut trouver, aux yeux de ses militants, un regain d’intérêt, ayant constitué les bases d’une première rectification.

 

En ayant posé le chemin d’une distinction entre les catégories d’ aliénation et exploitation, leur contradiction dialectique ; l’aliénation s’imposant par les relations marchandes, l’exploitation par la source de la survaleur créée ; le courant de l’A.H.T en est venu à s’interroger sur l’intérêt de sortir d’un phénomène général alors qu’il s’agit dans le cas présent de résoudre le cas particulier d’un seul mode de production, ceci dans la succession de ceux qui se sont présentés au travers de l’histoire et tous dominés par la marchandisation.

 

 L’accumulation se produisant au moyen d’une catégorie productive distincte des autres : la « Classe » « Ouvrière », l’objectif du Communisme reste t-il de la faire disparaître ou de s’interroger sur le pourquoi certains n’en font pas partie et pourquoi c’est massivement dans cette catégorie sociale que l’on trouve les propriétaires des moyens de production.

 

Autrement dit, l’objectif « communiste » du Socialisme d’Etat - Nation est-il de sortir de tout état d’existence de relation de classes ou d’aboutir à la production d’une seule classe sociale ?

 

Si l’objectif n’est plus de faire disparaître en un même mouvement, et la classe ouvrière et la bourgeoisie, la sortie de la société marchande ne constitue plus l’objectif central.

 

L’objectif devient la disparition de la bourgeoisie et la généralisation du statut d’une seule classe marchande, la classe des exploités (synonymes : « productifs », « ouvriers ») étant entendu que tout métier et toute catégorie peut aujourd’hui devenir exploitée.

 

Alors le projet Marxiste retrouve tout un sens occulté.

 

« Le Manifeste du Parti Communiste » n’est plus le manifeste du Parti, de l’Etat, etc. autrement dit de l’improductivité, mais il est celui d’une classe, la classe des exploités, la classe des productifs, la classe « ouvrière », appelée à devenir classe universelle.

 

Le dépérissement de l’Etat au profit de la classe retrouve tout son sens. Il ne s’agit plus de fonctionnariser tous les agents de statut public, les mettre « hors » marchandisation, que le projet communiste « humaniste » et utopique, cherche à universaliser. Il s’agit au contraire de les rendre tous productifs (de survaleur) et de pouvoir en juger au moyen du marché.

 

Il est clair qu’une telle proposition tourne le dos au point de vue humaniste de partage et de fraternité, par démarchandisation des relations sociales. Ce que porte en grande partie le slogan « L’humain d’abord ».

L’Economie Politique, cœur de la doctrine marxiste, pour le courant de l’AHT, n’est pas un « humanisme » théorique, ce n’est pas son objet. Par contre on ne peut lui refuser le statut d’humanisme réel, par l’égalité du sort partagé au sein d’une même classe, qui reste à construire, et qui devient ainsi une classe très politique. Ce projet peut côtoyer une offre caritative, « échappant » aux rapports marchands, mais il affirme très clairement la nécessité de la résorber par une mise en activité productive de tous les exclus non naturels du marché du travail ( Naturels : retraités, scolarisés, malades, etc.).

 

Les producteurs associés par ce projet économique collectiviste, généralisé, ne sont plus des propriétaires directs des moyens de production (propriété privée, propriété coopérative), mais par la généralisation du statut d'exploité la propriété publique devient propriété commune tout en continuant d’assurer la part incompressible de reproduction générale du système, au-delà de la reproduction singulière des unités de production. Par contre, les producteurs exploités acquièrent le pouvoir au sein du collectif des « travailleurs associés » de décider de la nature du choix des technologies mises en œuvre qui ne sont plus imposées par une ligne pyramidale de commandement issue d’une source de propriété unique, la propriété privé.

 

La propriété privée arque-bouté sur la division technique et sociale du travail a conditionné l’idée d’un progressisme naturel contenu dans un travail mort chassant le travail vivant, au nom d’un progrès technique imposé verticalement et présenté comme l’unique voie possible de développement humain.

 

Si la fin de la division technique et sociale est bien au cœur du projet communiste, celle-ci ne passe pas par l’imposition d’un hors temps de travail qui permettrait d’idéaliser « un droit à la paresse » devenue la nouvelle utopie d’un monde sans travailleurs ou des entreprises, sans personnels, tourneraient sur elles- mêmes en boucles rétroactives conduites par la mise en œuvre d’un modèle cybernétique.

 

Le développement technique devient le fruit de la décision du collectif de travailleurs associés sur un projet commun.

 

 

 

Pour un 39ème Congrès du P.C.F

Bilan historique de notre ligne théorique et stratégique

 

Les communistes doivent se réapproprier les enjeux de la théorie marxiste et de son stade moderne le léninisme, tout les deux à « rectifier » et enrichir, pour répondre aux questions de la phase actuelle de la mondialisation du capitalisme.

Pour cela il convient de :

 

- Considérer que le point de vue théorique des fondamentaux et leur éventuelle rectification est premier.

 

- Le congrès du « centenaire - bilan » doit appartenir aux militants et pas aux muséographes et autres historiens, chargés de nous répéter en boucle la façon dont nous avons mis en œuvre telle ou telle stratégie. Ce qui a eu lieu a eu lieu, mais nous devons nous réapproprier les 3 stratégies historiques que nous avons élaborées avant-guerre :

 

                       

 

Le Front-Populaire ; le Front-Unique ; le Classe contre Classe.

 

Ceci indépendamment des périodes qui ont vues naître ces stratégies et de la qualité des dirigeants marxistes qui les ont mises en œuvres. Nous pouvons avoir de « l’affection », ou non, pour telle ou telle période, tel ou tel dirigeant, laissons cela aux historiens. La question de ces 3 stratégies est toujours actuelle et centrale, car rien (aucune stratégie théorique) ne les a dépassées.

 

La phase actuelle de putréfaction de la financiarisation du capitalisme monopoliste oblige les communistes à se reposer la question de la nature du système capitaliste actuel.

 

Les communistes nés de 1920 avaient fait leur l’affirmation que le léninisme était bien le marxisme de l’époque du 20 siècle. En effet sur 50 ans, de la mort de Marx à la guerre de 14-18, sa nature avait été profondément bouleversée. De progressiste dans sa destruction des anciennes formes de dominations archaïques et féodales celui-ci était devenu largement réactionnaire, replaçant « le droit des peuples à disposer d’eux- mêmes » des colonies ou nations asservies au même niveau que le « droit des classes ouvrières à disposer d’elles-mêmes ».

 

Cette nouvelle analyse est le fondement théorique du Front-Populaire, l’une des trois stratégies que le mouvement communiste d’avant-guerre a élaborées. Ce concept s’il est interclassiste, n’est pas antibourgeois. La bourgeoisie existe sous propriété publique, la bourgeoisie existe sous le socialisme, ce qui a disparue c’est le capitalisme privé au profit du capitalisme d’Etat devenu le nouvel exploiteur collectif nécessaire.

 

L’exportation de capital devient donc l’objet central de la nouvelle période, et d’une lutte idéologique.

«Progressiste » pour le bouleversement des sciences et des techniques qu’il implique dans sa phase de réalisation, le fameux développement des forces productives,

il devient « réactionnaire » dans le jeu des contradictions mondiales, vol de ressources des classes exploitées de la nation dominante, soumission et domination des classes subalternes des nations dominées, au profit du capital étranger.

 

Depuis 1945, nous vivons sous la stratégie unique du Front- Populaire que nous avons déclinée, dans nos affrontements internes, comme externes, d’un point de vue :

De Droite - du Centre - De Gauche.

 

La vérité est que depuis Waldeck Rochet c’est surtout la lecture centriste et puis de plus en plus à droite de la seule stratégie de Front-Populaire qui s’est imposée.

 

[Peut-être qu’historiquement, mais je laisse cela aux historiens, l’explication de l’affrontement de Thorez avec les anciens résistants (Guingouin, Marty ou Tillon, etc.) provient de cette divergence sur ce que devait être le Front-Populaire. Ou un mouvement populaire insurrectionnel (F.P gauche), ou un accord institutionnel de partis (F.P droite).]

 

En opposition à ce choix, deux théoriciens du Socialisme - Communisme , Luxemburg et Trotski pensant continuer l’analyse économique de Marx, ne reconnaissent pas le concept de « Droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », en cela ils restent fidèles à l’analyse traditionnelle de la Social - Démocratie qui considère que l’extension mondiale du capitalisme est un progressisme et que le pays qui n’a pas connu sa pleine réalisation est inapte à offrir une porte de sortie à ce stade historique.

 Mais leur lecture de gauche, de ce fondamental du Social-Démocratisme, pose qu’exceptionnellement « sortir du capitalisme » peut exister (à la différence du reste de la social-démocratie) sans avoir connu son plein développement, à la condition unique d’étendre le projet révolutionnaire jusqu’aux pays qui eux bénéficient de sa présence, ceci afin de procéder à un rattrapage des forces productives (transfert de technologie), c’est la fameuse « révolution permanente » de Trotski.

 

C’est pourquoi tant les communistes libertaires que la Gauche Communiste internationale (mais aussi une grande partie du courant trotskiste qui s’en inspire) considèrent que la mise en place du Capitalisme d’Etat ne peut que renforcer la dimension nationaliste de la lutte des travailleurs. Ils sont à l’origine de la théorie d’un « fascisme » rouge miroir du fascisme noir, justification de « gauche » de la théorie du totalitarisme.

 

Pour eux le concept de Formation Sociale n’existe pas, car la F.S lie une nation à un mode de production assurant la reproduction d’ensemble sous forme d’un : Etat (Mode de production) - Nation.

 

Pour eux l’Etat est l’émanation de la Nation, pour nous, l’Etat est l’émanation du Mode de production, il est une superstructure issue de l’infrastructure économique. C’est pourquoi il doit disparaître étant animé par des agents économiques qui ne font pas partie de la classe ouvrière mais de la bourgeoisie. Cependant la disparition doit se faire par extinction (Socialisme) et non par suppression (Gauchisme).

 

Pour Jaurès au contraire il n’est absolument pas question de faire disparaître l’Etat, incarnation de la République et vecteur des Institutions. C’est pourquoi le retour à Jaurès est bien le cœur du dispositif de droitisation du P.C.F, en particulier de sa fraction institutionnelle qui n’a aucun intérêt à voir l’Etat et ses Institutions remis en cause.

 

Pour les gauchistes, les anarchistes, la « France » n’est qu’une plate forme d’assemblage, se situant à tant de degrés de longitude ou de latitude, et favorisant la reproduction du capital mondial dans un monde devenu village global. Si on ne veut plus d’Etat (parce qu’on ne veut plus de Mode de Production), il faut supprimer la Nation. Ils se font donc à minima « trans. », « supra » (européistes), et plus sûrement « a » (privatif), nationalistes. Ils restent donc aux communistes d’origine léniniste à savoir ce qu’internationalisme veut dire et quelle attitude ils doivent adopter dans leur soutien aux Etats progressistes en particulier aux Etats socialistes.

 

 

La situation du bloc des pays socialistes actuels :

 

Ce qu’il reste des pays du « socialisme ayant réellement existé » se tourne vers la restauration du capitalisme privé sous domination du capitalisme d’Etat (via le commerce extérieur).

 

Ce qu’il reste du bloc des pays du « Welfare social-démocrate » Europe du Nord, Angleterre de l’après guerre, modèle Rhénan allemand, France et Italie de la libération (« eurocommunisme » des modèles français et italiens) ont eux restauré de façon quasi générale le modèle d’exploitation classique du capitalisme privé.

 

Les deux modèles de socialisme sont en crise. Le Socialisme comme pensée théorique et Mode de Production est en crise.

 

La crise de la civilisation moderne, comme Progressisme, tient au télescopage de ses temps historiques de développement. Alors que ni le Républicanisme, ni le Social-Démocratisme (socialisme) n’ont fini de donner tous leurs fruits, par la surdétermination en dernière instance de l’Economique, le mode de Production Communiste devrait aujourd’hui s’imposer comme solution à sa crise, or on en est très loin puisqu’une majorité de partis communistes ont décidé de faire le chemin inverse.

 

Après le Républicanisme, le Social-Démocratisme est donc entré en crise. Pour moi, l’unique solution c’est donc le Communisme, et pas la pleine restauration du capitalisme privé (social-démocratisme de droite), au nom de la restauration des « droits » de « l’homme »

 

Car l’objet de l’Economie Politique, en tant qu’elle est une science qui domine la marche du monde (surdétermination), n’est pas « l’Homme », son objet c’est « la Classe ».

 

Le « Centre » de l’homme c’est ce qui lui est propre, c’est sa propriété, la propriété de soi- même, donc la propriété privée, car l’ « Unique » est sa propriété. Retrouver son « centre », c’est s’opposer à son « excentration » fruit de son aliénation. Pour avoir un « homme » centre de lui-même, il faut lui rendre sa propriété et pas de propriété sans « conscience » de soi. D’où le fait qu’un « aliéné » n’est pas droit à l’exercice de la citoyenneté, puisqu’il n’est pas propriétaire de ses actes. A cette thèse qui fournit l’alibi bourgeois de l’extension du psychologisme à toutes les sciences humaines, dont les fameuses Sciences Economiques et Sociales (véritable réceptacle du psychologisme gonflé à la mathesis (utilisation des mathématiques à des fins idéologiques)) s’oppose pour les marxistes d’essence léniniste l’objectivisme de la succession des Modes de Production qui fondent scientifiquement l’Economie Politique, lui donnant un objet propre et autonome. La classe est le véritable cœur du projet Marxiste. Elle est le fruit du rapport inconscient d’un Mode de Production (d’un tout structuré à dominante) et non le résultat non-conscient d’une mauvaise« gestion », « organisation », des relations humaines.

Le marxisme n’est pas un fonctionnalisme, le marxisme est un structuralisme dont le mouvement est assuré par un systémisme de Mode de production. C’est le systémisme qui assure le mouvement et pas la réaction des individus-sujets, qui eux agissent de façon contradictoire, en « fonction » de leurs intérêts propres ou plus tôt qu’ils « croient » ou « s’imaginent » propres.

 

Les communistes marxistes et léninistes doivent travailler à la cohérence d’un nouveau Mode de Production et pas à une « désaliénation » des rapports humains, laissons cela à l’abbé Pierre comme à mère Theresa, ou leurs équivalents laïcs.

Les capitalistes ne nous exploitent pas parce qu’ils sont « méchants » (psychologisme subjectiviste) mais parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement.

C’est pourquoi aucun d’entre - eux ne pourra jamais changer la nature du système (Berthold Brecht), et c’est précisément le système qu’il faut changer. Leurs seules individualités relèvent des psys en tout genre (pour qui j’ai le plus grand respect à la condition qu’ils ne se prennent plus pour Jésus-Christ) et pas de l’Economie Politique.

 

Arrêtons de vendre du vent et de l’Utopie, affrontons la nécessité de l’exploitation qui après le servage et l’esclavage a constitué un immense « progrès » pour se dégager des sociétés de disettes et de rareté.

La question n’est donc pas de sortir des sociétés du surproduit et donc, si la marchandise devient incontournable, de « survaleur », comme semble le prouver les sociétés qui ont cherché à mettre en œuvre le « Socialisme d’Etat », qu’il faut aujourd’hui plus justement appelées de Capitalisme d’Etat Progressiste.

 

La question centrale reste :

 

Pourquoi certains ne sont pas soumis à l’exploitation et à l’obligation d’y contribuer et pourquoi c’est au sein de cette catégorie que l’on rencontre ceux qui exploitent et qui pour la grande majorité sont propriétaires des moyens de production (1) !

 

En ce sens, oui, je le réaffirme, en opposition à Trotski et à la Gauche Communiste Historique, le capitalisme d’Etat sous direction socialiste, est un progressisme, car c’est un collectivisme et il est incontournable, mais il faut, sous le socialisme, réfléchir à comment s’en débarrasser dans un sens Communiste, ce à quoi Lénine a peu répondu.

 

Question que les Etats du « Socialisme réellement existant » ne semble pas se poser non plus comme solution (2), en ne mettant pas, par exemple, en œuvre des économies duales, structures de double pouvoir, ou du communisme naissant pourrait s’affronter au capitalisme privé, qu’ils ont tous décidés de restaurer, non par choix idéologique, mais par nécessité pratique.

                                               ____________________________

 

(1) sauf l’artisan ou paysan privé, qui lui est capitaliste-travailleur exploité, étant seul et assumant les deux statuts, mais il est le produit des modes de production précapitalistes. Il n’a comme unique horizon que de devenir entrepreneur, c’est-à-dire faire suer le burnous des autres. Dans les Universités dites de « Sciences économiques et Sociales » on nous a vendu le système du capitalisme actuel comme le produit de ce petit entrepreneur, calculateur psychologique et rationnel. A la suite du courant marxiste italien, en particulier Gramsci, Althusser a rappelé qu’historiquement l’accumulation primitive du capital n’a rien à voir avec cette histoire d’un psychologisme de petit producteur, mais tout avec le pillage, le vol (vente des biens nationaux de la révolution française), sur grande échelle par des groupes puissants et organisés quand ce n’était pas l’imposition d’ une nouvelle forme d’esclavage ou de servage dans de grandes propriétés terriennes.

 

Pour l’approfondissement de tous ces sujets voir le site : Débat Communiste Ouvrier .Wix

 

(2) à travers sa réforme agricole, Cuba cherche à s’imposer un début de réflexion dans ce sens, où la micro-agriculture semble trouver des expressions de démarchandisation entre les coopérateurs (type S.E.L), malgré tout la majorité des produits y sont bien vendus sur le marché.